Archive dans mars 29, 2019

ICOR : Appel à regrouper les forces pour un front uni anti-impérialiste

Nous reproduisons l’appel de l’ICOR, dont nous sommes signataires, appelant à la construction d’un large front uni anti-impérialiste. Étant une organisation présente dans un Etat impérialiste, et, qui plus est, dans une de ses citadelles, nous sommes voués à cibler en priorité les actions criminelles de notre propre impérialisme. L’Unité Communiste de Lyon et l’Union Prolétarienne Marxiste Léniniste sont unanimes à exprimer leur désir de réunir, dans un groupe de travail dédié, toutes les organisations qui luttent contre la domination exercée par l’impérialisme français, que cela soit sur des régions du globe possédant leur indépendance formelle, comme sur les colonies toujours possédées. Nous appelons ainsi les organisations luttant contre cette domination à se mettre en rapport avec nous.


Les membres de l’ICOR appellent à construire un front uni anti-impérialiste.
Unissons-nous au-delà des frontières !
Construisons un front uni anti-impérialiste mondial !


1. Au niveau mondial, l’impérialisme montre son visage réactionnaire. La guerre couve. L’exploitation de l’humanité et de la nature s’intensifie de façon brutale. Le chômage de masse et la misère sont endémiques. L’oppression et la violence contre les femmes sont quotidiennes. Chaque jour, la nature, qui est la base qui permet la vie de l’humanité, est davantage menacée. Ces facteurs provoquent de grands déplacements de populations, qui fuient la guerre et la misère. Les gouvernements, de la droite jusqu’aux fascistes, se renforcent et renforcent leur emprise parmi les masses. L’avenir promis à la jeunesse apparaît comme bien sombre. Voici les conséquences de l’action des impérialistes.


2. Dans leurs actions, nos ennemis bénéficient d’un très haut degré d’organisation. Qu’en est-il de nous ? Les forces révolutionnaires et anti-impérialistes demeurent très fragmentées et se livrent des conflits pour des questions secondaires. Changer cela est une urgence, pour que le monde ne soit pas englouti dans la barbarie capitaliste. Cependant, il existe des débuts remplis d’espoir, en termes d’alliance, de regroupements, mais aussi de la reconnaissance croissante du besoin de coopération.


3. La productivité du travail des ouvriers et des paysans a explosé pendant les dernières décennies. Les ressources humaines et naturelles seraient en mesure de donner à toute l’humanité du travail, de la nourriture, de l’éducation et de l’espace pour la culture et l’épanouissement social. Mais cela ne peut émerger que dans une société où l’Homme et la nature sont mis au centre, et non, comme aujourd’hui, considérés comme des sources d’un profit maximal, soumis au pouvoir impérialiste et à la concurrence. 


4. Parmi les masses, la conscience du caractère injuste des conditions sociales et de l’exploitation s’est accrue de manière nette. La volonté d’un changement général de société s’affirme, tout comme celle de rechercher une alternative sociétale. Pour le moment, il manque encore, parmi les larges masses populaires, la diffusion des conceptions qui expliquent les causes impérialistes du désastre. Il en résulte un manque de confiance et d’assurance dans la possibilité de bâtir une société en harmonie entre l’humanité et la nature, démocratique et libre, ainsi que des perspectives socialistes pour l’avenir.


5. Dans beaucoup de pays, des partis, organisations et mouvements révolutionnaires, anti-impérialistes ont surgis et se sont renforcés pendant les dernières années. Le désir de coopérer augmente, au-delà des divergences qui existent encore. Le même désir alimente la volonté de résoudre pas à pas ces contradictions politiques et idéologiques.


6. Prenons l’initiative pour construire un front uni anti-impérialiste.
– qui se dirige contre tous les impérialismes et lutte en priorité contre l’impérialisme US en tant que fauteur de guerre principal, superpuissance et ennemi de tous les peuples !
– qui fait progresser le processus de clarification sur l’impérialisme au niveau mondial, afin de renforcer la confiance en nos forces, le degré d’organisation et l’assurance dans le traitement des tâches au niveau national et international ;
– qui organise et coordonne des mesures efficaces de la lutte commune ;
– qui construit les fondements permettant de devenir une force supérieure à l’impérialisme.


7. Discutons partout la nécessité de ce regroupement et de la nécessité d’y investir des forces.


8. Recueillons des signataires pour cet appel jusqu’au 1er mai 2019 !


9. Proposons des représentants dignes de confiance, qui prennent en main la coordination d’une première conférence !


10. Célébrons une première journée de lutte anti-impérialiste au niveau mondial, convenue d’un commun accord, en 2020 !

Tout groupe et toute organisation intéressés par cette initiative peut se mettre en rapport direct avec nous ou avec l’ICOR. Construisons ensemble le front anti-impérialiste mondial !

https://www.icor.info/fr

Projet de réforme : « L’école de la confiance » : Attention – les casseurs sont à l’œuvre !

La loi Blanquer, ministre de l’éducation nationale, a été adoptée en première lecture par l’Assemblée Nationale le 19 février dernier. Elle vient renforcer l’arsenal libéral destiné à dissoudre ce qu’il reste de dignité à l’École publique. « École de la confiance » nous dit-on, labellisée Macron, loi de casse méthodique qui voudrait que l’école finisse de se plier aux lois du marché et de la concurrence, avec l’économie budgétaire comme seul et unique paradigme / absolu. Un camarade analyse quelques aspects de cette loi qui déclenche un mouvement de grève et de protestations en extension.

Ces objectifs d’économie (d’échelle) sont à peine dissimulés par un habillage pédagogique grotesque, accompagné de la petite rengaine habituelle sur la prétendue volonté de réduire les inégalités. La loi compile en effet toute une somme de mesures autoritaires, dont le seul but est de mettre au pas le corps enseignant et de désintégrer la dimension collective / publique de l’action éducative.

Assommés de réforme, les enseignants n’étaient évidemment pas demandeurs d’une nouvelle loi. Leurs attentes se situent davantage sur une revalorisation salariale pour TOUS, et des moyens supplémentaires (notamment humains) pour améliorer leurs conditions de travail et infléchir/contrer le diktat des programmes utilitaristes du ministère. A l’heure de la promotion tous azimuts (des résultats – de la synthèse) de la farce démocratique du Grand Débat, cette loi Blanquer vient rappeler l’essence, le socle matriciel de l’idéologie libérale-macronienne : autoritarisme, dérégulation, concurrence entre individus / établissements, saccage du service public. Cet article se limitera à quelques-uns des multiples aspects mortifères de cette loi.

L’enseignant « exemplaire et irréprochable »

L’article 1 annonce la couleur – et provoque la colère : il pourra être invoqué sous couvert « d’exemplarité et d’irréprochabilité » lorsqu’un collègue critiquera l’institution, une réforme ou la politique générale. Déjà, des formes de pression sont constatées. Une collègue ayant tenu un rouleau de scotch pour que des parents fixent une banderole contre une fermeture de classe s’est vue rappeler à l’ordre. Nul doute que les situations litigieuses vont se multiplier. Mais l’application de cette mesure dépend également du rapport de forces qu’il nous appartient de construire.

Savoirs fondamentaux = Savoirs minimum ?

L’article 6 illustre de manière éclairante la « méthode Blanquer ». Est introduite la possibilité de créer des « établissements publics des savoirs fondamentaux », structures regroupant administrativement dans un même établissement collège et école situés dans la même zone. La direction de ces Établissements Publics serait confiée au chef d’établissement du collège exerçant à la fois les compétences du premier et du second degré. A ses côtés exercera un adjoint en charge des classes du primaire, supposément issu du premier degré et dont les modalités de recrutement seront fixées par décret. L’objectif ici est de liquider la direction d’école sous sa forme actuelle en introduisant un nouveau statut hiérarchique et en dépossédant les directeurs actuels de leurs missions qui met fin à leurs fonctions (actuellement, les directeurs/trices d’écoles NE SONT PAS les supérieurs hiérarchiques de leurs collègues).

Cette fusion des écoles maternelles, élémentaires et des collèges aurait pour conséquence la fermeture MASSIVE de classe (voire d’écoles, en zone rurale particulièrement). Les effectifs par classe augmenteraient significativement, oscillant entre 30 et 35 élèves. La gestion budgétaire des écoles maternelles et élémentaires passerait de la ville au département. La Seine-Saint-Denis étant déjà en grande difficulté financière, on peut aisément imaginer ce que cela occasionnerait. Par ailleurs, il est intéressant de noter que la suppression de la carte scolaire amène la fin des écoles de « secteur ». Concrètement, s’il n’y a plus de place pour accueillir votre enfant dans l’école près de chez vous, il n’y aura évidemment pas d’ouverture de classe, l’enfant sera envoyé dans une autre école, là où des inscriptions demeurent encore possibles.

Avec un personnel formé à minima ?

Cette loi entraîne une gestion identique à celle d’une entreprise, ne pensant qu’aux chiffres et aux économies, sans jamais penser à l’intérêt suprême des enfants. Le recours aux contractuels sans exigence de diplôme et sans formation va devenir monnaie courante, à plus forte raison en Seine-Saint-Denis où déjà 600 contractuels opèrent dans tout le département. Dans le secondaire, des étudiants, pendant qu’ils préparent leur concours, se verront confier des tâches allant jusqu’à l’enseignement. Ils se verront remplacer les enseignants sans être formés au métier et en étant naturellement sous-payés. L’inclusion des enfants handicapés se fera sans aucune garantie autour des moyens pour les accueillir dans de bonnes conditions. L’instruction obligatoire à 3 ans (alors que près de 98% des enfants sont déjà scolarisés à cet âge…) amènent les collectivités à participer aux dépenses de maternelles privées. (Autant d’argent pris sur le public qui assure mixité scolaire et sociale).

La lutte s’organise !

Les fonctionnaires de l’Éducation Nationale ne sauraient être réduits à de simples exécutants de lubies libérales. C’est pourquoi ils s’organisent ! La journée de grève du mardi 19 mars 2019 a été très fortement suivie par les collègues de Seine-Saint-Denis. Avec plus de 60 % de grévistes et près de 200 écoles fermées, les enseignants du 93 ont manifesté fortement le rejet de la loi Blanquer. Assemblées Générales, nouveaux rassemblements, manifestations et grèves sont prévus. Nouvelle manifestation le 30 mars 2019, puis semaine de mobilisations autour d’une journée de grève le jeudi 4 avril 2019. Les parents commencent à adhérer à la logique de lutte et c’est éminemment encourageant.

Évaluation par compétences et sélection = éducation?

Il est intéressant de noter qu’en ces périodes qu’on pourrait qualifier de « chômage massif », les politiques d’éducation se recentrent essentiellement sur l’apologie de l’évaluation par compétences, et sélection. Ce qui illustre une des fonctions historiques de l’École sous le capitalisme, à savoir l’établissement de programmes comme investissement PRODUCTIF pour les besoins de MAIN d’OEUVRE et/ou « d’EMPLOYABILITE ». La casse des statuts et des diplômes et la diminution du nombre de personnels vient renforcer cette logique globale qui sous-tend chaque réforme ( voir notamment les Accords européens de Lisbonne en 2007.)

Depuis Jules Ferry, l’école a TOUJOURS été au service du capital. L’École est un service public d’éducation à qui le pouvoir en place fixe des objectifs comme pour la Poste ou EDF. Avec la construction de l’Union Européenne et la mondialisation des économies, cette école ne correspond plus aux ambitions du capitalisme. On veut nous faire accepter la situation actuelle comme intangible, il n’y aurait pas d’autres choix possibles, pas d’alternative. L’école de Blanquer a cette ambition : enfermer idéologiquement les jeunes dans l’illusion d’une pensée INDIVIDUELLE de leur vie, de leur devenir et du monde. Or il n’y aura pas d’autre école, pas d’autre société sans visions COLLECTIVES.

Pour une autre école !

Une École qui permette à chacun de voir et de comprendre les potentialités que recèle la société humaine, notamment en matière de pédagogie. Les jours qui viennent peuvent être difficiles, mais ils seront exaltants. Ils auront une perspective si les élèves des écoles, des collèges, des lycées, des ateliers, si les parents et les professeurs se donnent la main pour refuser la soumission au pouvoir du capital financier. Contre l’asservissement et la diffusion de la misère dans l’École Publique. Pour un épanouissement global et social de l’enfant dans un monde d’entraide et de coopération.

Un lecteur, professeur des écoles

pour aller plus loin, voir l’analyse de nos camarades de l’UCL sur la réforme de la Fonction Publique :
https://unitecommuniste.fr/france/cap-catastrophe-leducation-en-solde-et-la-liquidation-du-corps-professoral/

Voir aussi l’Initiative de collègues mobilisé-es de 25 collèges des Bouches-du-Rhône
réuni-es en Assemblée Générale les 6 et 13 mars 2019 :
Pétition Manifeste pour une école publique gratuite démocratique et populaire

Saint Denis : débat au Kafé militant

Rébellion contre l’Union européenne !

Contre la réaction et le fascisme

Pour la solidarité internationale ! Pour des solutions révolutionnaires !

Rébellion et essor des luttes en Europe:

  • Colère sociale des gilets jaunes, d’ouvriers, de syndicalistes,
  • Manifestations contre le réchauffement climatique
  • Protestations contre répression et militarisation en France – Allemagne – Hongrie – Portugal – Suède -Ukraine – Roumanie
  • Politique mortelle envers les réfugiés alors que le pillage des peuples continue

L’Union Européenne – est-ce une Union pour la paix et l’amitié des peuples ou l’instrument des grandes puissances – Allemagne, France, Italie… en rivalité avec les USA, la Chine, la Russie?

L’Union Européenne en crise : Brexit, crise de la politique bourgeoise des réfugiés, altercations entre Italie et France…

La Coordination Internationale des Organisations Révolutionnaires (ICOR) lance une campagne à l’occasion des élections européennes.

Discutons-en au :

Café militant
Rébellion contre l’Union européenne !Contre la réaction et le fascisme – pour la solidarité internationale ! Pour des solutions révolutionnaires !

Dimanche 24 mars à 15 h,

Café « Au Pavillon » 1er étage

54, rue Gabriel Péri, Saint-Denis

A 10 min de la Porte de Paris M° 13 ou de la Gare de Saint-Denis (RER D, ensuite T8)

L’Union Prolétarienne ML, membre de l’ICOR et les Amis de l’ICOR
Contact-upml@riseup.net
www.upml.com
www.icor.info
https://www.facebook.com/kafe.militant


Christchurch : coup de projecteur dans le marécage de la pensée raciste

Nous reproduisons ici un article de l’Union Communiste de Lyon, publié le 20 mars, que nous partageons largement.

Au sein de l’Unité Communiste de Lyon, nous considérons que nous nous devions d’écrire ce communiqué. Les attentats terroristes sont une réalité quotidienne terrible pour toute une partie de la planète. Il s’agit d’une chose malheureusement illustrée par les longues listes de cas répertoriés dans la veille terroriste des sites et magazines spécialisés. Leur traitement, le poids médiatique qui leur est accordé, est étroitement corrélés au lieu où il s’est déroulé, à la « qualité » des victimes, à la « qualité » des exécutants.
Nous-mêmes sommes influencés par ce mode de pensée que conduit à juger qu’une voiture piégée est un fait anodin en Syrie et exceptionnel en France, ce qui nous conduit à, également, déconsidérer la vie d’autres personnes, qui n’apparaissent que comme des statistiques à nos yeux.
Cela fait que chaque attentat dont nous parlons nous donne le sentiment de plonger dans l’oubli les victimes des autres, de les occulter, de les reléguer au rang d’un « bruit de fond ».



L’attentat qui s’est produit vendredi à Christchurch, en Nouvelle-Zélande, est un attentat qui s’est déroulé, malgré les kilomètres, dans un environnement « occidental », « proche » de nous. Pourtant, malgré cela, son traitement médiatique et politique est atypique. Atypique, car il est jugé comme étant hors norme par les politiciens et les médias d’occident.



49 morts et 90 blessés dans les attaques de deux mosquées en plein heure de la prière. Terrible bilan provoqué par l’action d’un terroriste d’extrême-droite Australien Brenton Tarran. Le terroriste a filmé et diffusé l’intégralité de son carnage sur Facebook live, et a laissé un manifeste de 73 page détaillant les raisons de son action.


L’Unité Communiste de Lyon déclare sa solidarité envers l’ensemble de ceux qui ont été meurtris, blessés, mutilés par ces actes. Elle déclare également sa solidarité avec les proches de ceux qui ont perdu la vie. Elle considère que le terroriste Australien venu semer la mort n’est ni un déséquilibré, ni une anomalie statistique : il a été l’agent froid et conscient de forces politiques qui se complaisent à utiliser la haine raciale comme doctrine. Nous considérons que ces forces politiques partagent une responsabilité morale identique en culpabilité à celui qui a appuyé sur la détente de son arme. 


Le parcours du tueur est, à ce titre, illustratif. Revenant d’Europe, il a été modelé, « radicalisé » dans les milieux d’extrême-droite, notamment français et serbes. Au sein de ces groupes fascistes ou néo-nazis, il lui a été présenté un discours décrivant le monde « blanc » comme menacé d’anéantissement. Ce discours était déjà celui proféré par les nazis1, qui clamaient que leur « race » était encerclée par des ennemis « raciaux », voulant l’éliminer, tandis que des « agents de l’étranger » opéraient pour l’affaiblir.
Utilisant des statistique truquées, des biais cognitifs, des techniques jouant sur la paranoïa et sur la terreur, ces propagandistes d’extrême-droite modèlent des assassins et des criminels. Ces groupes sont complices des meurtres qui ont été commis.


Mais ces discours resteraient l’apanage de petites sectes pleurnichant sur un passé imaginaire s’il n’était pas, en dernière instance, corroboré, avalisé et amplifié par d’autres forces politiques, considérées comme « convenables » et centrales dans l’échiquier politique. Les discours islamophobes, paravent frêle des discours racistes assumés, sont portés bien au-delà de la droite radicale.
Les propos de Valls, de Ciotti, de Wauquiez, les diatribes des Zemmour et des Ménard sont tout autant de faisceaux qui contribuent à nourrir la formation d’assassins et de terroristes d’extrême-droite. Les tentatives des apprentis sorciers et des apprenties sorcières d’instrumentaliser l’antisémitisme, de forger, du sang des martyrs, une épée pour frapper d’autres victimes, doit être dénoncé pour ce qu’il est : jeter de l’huile sur le feu dévorant de la haine entre classes populaires.

 Après l’attentat, ces agitateurs méphistophéliques n’ont pas réussi à se contenir. Impossible pour eux de reconnaître le statut de victimes aux musulmans de Nouvelle-Zélande. Il fallait soutenir en catimini le tueur !
La Nouvelle-Zélande est un pays d’apartheid, tout comme l’Australie. Les Maoris sont traités en citoyens de seconde zone par de nombreuses forces politiques. Le sénateur Fraser Anning a ainsi publiquement clamé que l’immigration était la raison première de l’attentat. Une manière d’avaliser le fond politique de l’attaque, là encore. L’œuf qu’un jeune homme a écrasé sur son crâne n’est qu’un faible, mais juste, retour des choses.
En France, Valeurs Actuelles, le torchon fasciste, a également fustigé les « pro-migration » qui seraient responsables de l’attentat. Une manière d’inverser les rôles et de faire des victimes des coupables. 
Guillaume Tabard, éditorialiste au Figaro, a ainsi déclaré en direct

« On a vécu en France un terrorisme islamiste assez meurtrier, si on veut jouer à de la comptabilité, on n’est pas encore dans l’équilibre.Il ne faut pas s’aventurer sur le terrain du match retour.»2 

Quant au tueur, immédiatement, les professionnels de la circonstance atténuante se sont empressés de dire qu’il était instable, fragile, excédé… Chose réfutée par les premiers éléments de l’enquête et les perquisitions, indiquant que ce projet avait mûri pendant deux ans.


Tout comme dans un nombre ahurissant de cas, la clémence semble être de mise. Le terrorisme d’extrême-droite occidental est pourtant une réalité concrète qui tue nettement plus aux USA que celui de n’importe quelle autre force politique. Nous n’oublions pas Charlottesville, nous n’oublions pas non plus, en Europe, Anders Breivik. 
En France, en pleine dénonciation de la montée de l’antisémitisme, un coupable de dégradation est condamné symboliquement, des profanateurs courent toujours, car n’étant pas dans « l’idéal-type » de la population ciblée par ces mesures. 


De fait, tous ces discours qui servent à alimenter la haine et la division au sein des classes populaires, à briser l’unité contre l’exploitation, à atomiser ceux et celles, qui pourtant, partagent les mêmes intérêts objectifs. Ces discours ont fait renaître des chimères absurdes et immondes, telle que “l’islamo-gauchsime”, qui n’est, il faut le clamer, qu’une actualisation du “judéo-bolchevisme” des nazis, présentée d’une manière neuve.

Le monde dans lequel nous vivons, celui du capitalisme pourrissant et putréfié, est un monde sur la bascule. Un monde d’incertitudes, de doutes, de peurs. Nous, révolutionnaires, voulons briser le cadavre ambulant du capitalisme et de l’impérialisme. 


Mais d’autres, ceux qui veulent le maintenir en vie, jouent sur les peurs, les angoisses, la précarité, la vulnérabilité, la souffrance. Ces agents réactionnaires font tout pour instiller un climat d’encerclement et de terreur. Pour que ces peurs puissent être dirigées contre d’autres, contre d’autres nations, contre d’autres peuples, contre des fractions au sein du peuple.

Les appels à la haine, qui sont en France, portés de la gauche bourgeoise à la droite la plus radicale, créent le climat qui permet l’apparition de ces crimes de masse. Ceux qui les ont proférés portent une responsabilité morale écrasante.

Nous dénonçons le terrorisme, arme de l’extrême-droite pour semer la peur dans les rangs des masses !3


Nous dénonçons ces propagandistes comme des complices directs de cet attentat ! Ne laissons jamais les discours haineux diviser notre unité populaire, contre l’exploitation et l’oppression.


Halte au terrorisme fasciste !


Halte à la haine chauvine et raciste !


Mettons fin au système d’exploitation capitaliste-impérialiste !

1Nous conseillons de lire l’ouvrage Croire et détruire de Christian Ingrao, qui est une référence incontournable sur l’univers mental des akademikern nazis.

2https://www.lci.fr/politique/aujourd-hui-dans-24h-pujadas-retour-sur-l-attaque-en-nouvelle-zelande-2115607.html

3https://unitecommuniste.fr/international/le-terrorisme-comme-arme-de-lextreme-droite/

UE, ICOR-France et construction du Parti

Déclaration commune UPML-UCL

L’Unité Communiste de Lyon et l’Union Prolétarienne Marxiste-Léniniste, toutes deux membres de l’ICOR, se sont réunies ce début de mois de mars en région parisienne. Cette rencontre s’inscrit dans le cadre d’un processus de travail initié depuis maintenant plus d’un an et demi entre les deux organisations. Cette rencontre a été extrêmement positive sur l’ensemble des points évoqués.

Elle porte un nombre conséquent de projets communs, en France comme internationalement.

1.Construire la campagne sur l’Europe.

Les deux organisations sont parties prenantes de la campagne initié par la coordination continentale de l’ICOR sur la question des élections européennes.

Les luttes prennent un essor – en France, dans d’autres pays européens et au delà de l’Europe. Elles combattent le capitalisme – contre l’exploitation et pour la justice sociale, contre les menaces de l’environnement naturel, contre la corruption et les oligarchies et pour la démocratie populaire. Notre campagne avec l’ICOR dénonce l’Union Européennes comme une alliance réactionnaire servant les intérêts des impérialistes d’Europe, au premier rang desquels se trouvent l’impérialisme Allemand et l’impérialisme Français.

Nous nous érigeons contre les discours qui visent à faire croire aux masses populaires que l’Europe pourrait être autre chose, qu’elle pourrait être celle des « peuples » ou des « nations ». De faire croire qu’une Europe sociale est possible dans le cadre capitaliste-impérialiste. L’Europe est un outil d’exploitation des hommes, des femmes et des ressources naturelles. L’Europe est une alliance impérialiste pour le repartage du monde en concurrence avec d’autres impérialistes comme les États-Unis, la Chine, la Russie etc. et ne reculera pas devant une guerre.

Nous nous érigeons également contre les discours qui essaient de faire passer la France pour un État dominé par les traités européennes. Nous affirmons que la France, État impérialiste, n’est pas dominée par l’Europe. La bourgeoisie monopoliste de France tire conjointement profit de celle-ci avec celle d’Allemagne et de d’autres pays.

Nous rejetons les analyses sociales-chauvines qui inventent une domination venant d’Allemagne, des USA ou d’un capitalisme apatride sur la France. Nous considérons que notre objectif suprême, chasser la bourgeoisie du pouvoir ne dépend pas, comme préalable d’une « sortie des traités européens », de l’UE ou de l’OTAN.

Nous considérons que les positions qui défendent une « restauration de la souveraineté nationale » comme préalable incontournable au fait de vouloir lutter frontalement contre l’impérialisme français et la bourgeoise monopolistique  ne font qu’inventer des étapes pour, au final, reculer devant la tâche historique qui s’impose à nous.

Nous considérons comme extrêmement dangereuse la position qui consiste à vouloir rechercher une « alliance patriotique » avec l’extrême-droite contre l’UE.

Nous considérons que les élections européennes doivent être prises pour ce qu’elles sont réellement : une occasion de dénoncer l’UE comme organisation réactionnaire et de défendre la nécessité impérieuse d’un Parti Communiste Révolutionnaire capable de lutte contre la bourgeoisie et l’impérialisme.

Entre organisations révolutionnaires dans l’ICOR, nous allons nous coordonner et nous soutenir mutuellement pour soutenir les luttes en cours: Nous combattons pour des revendications communes et nous organiserons des activités et réunions internationales. Prolétaires de tous les pays unissez-vous !  

Le premier mai 2019 sera une journée importante dans le climat social et politique actuel. Nous proposons de défiler dans un cortège commun, internationaliste et révolutionnaire. Nous invitons les organisations et les individus qui se retrouvent dans nos mots d’ordre à rejoindre et renforcer ce cortège pour qu’il soit le plus massif possible.

Nous organiserons également des réunions publiques pour à la fois exposer nos positions quant à l’Union Européenne, mais également pour défendre la nécessité d’un Parti Communiste révolutionnaire capable de battre l’impérialisme français et le pouvoir bourgeois.

2.Construire l’ICOR-France

Dans le but de renforcer les liens de solidarité internationale et la coordination des forces révolutionnaire, nous annonçons que sera prochainement fondé un Comité ICOR-France. Ce comité sera ouvert aux organisations membres de l’ICOR – qu’elles soient françaises ou non – aux membres des Amis de l’ICOR présents en France. Nous voulons également inviter les forces présentes dans les régions dominées par l’impérialisme français et qui veulent coordonner leur lutte contre celui-ci, a rejoindre ce comité.

3.Parler d’une voix unique !

En tant qu’UCL et qu’UPML, nous voulons également nous adresser à l’ensemble des organisations se revendiquant du communisme, de la révolution et de la volonté de renverser l’ordre capitaliste. L’expression communiste, au cours de l’immense mouvement combatif des Gilets Jaunes, a été faible. Nous avons eu, chacun de notre côté, des succès locaux, mais nous ne sommes pas parvenus à nous imposer comme un pôle fondamental de la lutte, comme un centre de gravité de celle-ci. Nos lignes, nos conceptions, ont pu marquer certaines assemblées, ont pu rallier, mais cela reste en deçà de ce que nous pouvons faire.

Nous ne pouvons pas nous ignorer mutuellement. Nous voulons qu’il soit possible de reconnaître chacun nos existences, de mener une politique de coopération entre nos organisations sans taire les divergences. Nous actons du fait que certaines stratégies sont contradictoires les unes avec les autres et, a fortiori, avec la nôtre. Mais ces stratégies contradictoires ne signifient pas qu’une hostilité ou une ignorance doivent exister.

Nous pouvons et nous devons chercher l’unité entre nous face à l’exploitation capitaliste et à l’agression impérialiste !

4.Poser les bases de l’unification.

L’Unité Communiste de Lyon et l’Union Prolétarienne Marxiste-Léniniste actent, enfin, qu’il n’existe aucun obstacle idéologique fondamental et insurmontable à ce que nous deux organisations puissent s’unifier. Nous considérons que nous partageons une stratégie et une conception générale commune et compatible.

Nos deux organisations pensent que de cette unification doit déboucher autre chose qu’une simple adjonction de forces. Nous voulons créer quelque chose de qualitativement supérieur à l’outil dont nous disposons aujourd’hui.

Les chantiers importants qu’ont acté nos organisations durant ce week-end demanderont des efforts importants et constants, tout comme des forces nouvelles, pour être menés à bien. Ils sont ambitieux, l’UPML et l’UCL en conviennent, mais ils sont ambitieux car elles doivent se hisser à la hauteur de la tâche qui les attends.

Le travail d’aujourd’hui portera, demain, ses fruits, au travers des victoires qui seront remportées.

En avant vers la construction du Parti.
Renforçons l’ICOR.

Luttons pour la victoire !

Gilets jaunes : un mouvement populaire inédit – Le point début février

Contribution à l’analyse et au débat sur les luttes en cours

Les manifestations du 16 mars 2019 avec 350 000 participants ont rajouté un nouveau chapitre de la profonde crise politique en France. Nous publions ci-dessous une analyse sociologique et politique concernant les luttes en cours, en particulier celle des gilets jaunes. Plusieurs aspects nous semblent intéressants, comme la situation matérielle des couches populaires, leurs conditions de vie et de travail changées, leurs motifs et certaines limites de leur combat.

Les conclusions constatent que ce mouvement a besoin d’une perspective et d’un instrument politique. Mais on ne peut en aucun cas se contenter de « repenser des formes d’organisation démocratiques » pour « en finir avec l’exploitation et les oppressions », comme conclut le texte. Bien sûr, il faut différentes formes d’organisation démocratiques pour les mouvements de masse. Mais cela, suffit-il ? On peut trouver dans les luttes en cours une conscience de plus en plus claire de l’ennemi en face, le grand capital financier international et son/ses gouvernemente.s hautement organisés. Leur pouvoir doit être surmonté de manière révolutionnaire pour arriver à une justice sociale – celle qui attribue aux travailleurs les richesses qu’ils ont créées à partir des ressources de la nature. Il faut être clair sur la vraie alternative socialiste qui n’exploitera plus l’homme et la nature, mais qui au contraire renforcera leur unité, qui libère aujourd’hui les masses pour construire eux-mêmes leur société. Tout le développement de l’histoire montre que le maillon à saisir aujourd’hui – en lien avec les luttes – est de construire un programme révolutionnaire socialiste et le Parti marxiste-léniniste pour réussir la lutte. Son principe d’organisation est le centralisme démocratique, seul capable de porter les exploités au pouvoir, seul capable de garantir la démocratie pour les larges masses et de réprimer les classes exploiteuses vaincues. Lutter et construire dès aujourd’hui notre camp est une tâche impérieuse. Rejoignez l’UPML !

Europe Solidaire , février 2019  LE MOAL Patrick, POUPIN Christine

C’est la première fois depuis 2006, lorsque la mobilisation massive de la jeunesse rejointe par plusieurs journées de grève appelées par les syndicats a imposé le retrait du CPE (Contrat première embauche), qu’un gouvernement est confronté à une crise qu’il ne peut résoudre autrement qu’en abandonnant son projet.

Pourtant, depuis le tournant néolibéral des années 1980, les luttes sociales se sont multipliées en France. Mais ces luttes successives, ces journées de grève, ces manifestations de masse n’ont pu, dans le meilleur des cas, que limiter l’ampleur de la destruction des conquêtes sociales de la période précédente et n’ont pu empêcher une longue série de défaites et de reculs sociaux qui s’est encore allongée ces derniers mois avec la loi travail qui a détricoté une partie du code du travail, la privatisation de la SNCF et la destruction du statut des cheminots.

Il y a trois mois nous cherchions en vain comment en finir avec cette spirale et mettre en échec la nouvelle contre-réforme des retraites programmée par Macron en 2019. Aujourd’hui l’ampleur et la détermination radicale du mouvement des Gilets jaunes, un mouvement social impétueux, inventif et incontrôlable, ont réussi à modifier le rapport des forces, à bouleverser sensiblement la situation politique et sociale en France.

Quelle que soit la suite, il a d’ores et déjà déstabilisé le gouvernement Macron, en l’empêchant au moins temporairement de poursuivre sa course folle aux contre-réformes. Il semble qu’un certain nombre de réformes soient repoussées sans date dont celles qui concernent les retraites, la santé, la fonction publique…

 Un mouvement qui dure et rebondit

Depuis plus de 2 mois, ce mouvement dure et rebondit, ne respectant ni la trêve de fin d’année ni l’union nationale suite à l’attentat de Strasbourg [1].

Le mouvement a commencé par la signature d’une pétition qui s’est répandue comme une traînée de poudre sur les réseaux sociaux. Il s’est ensuite développé hors de tout cadre politique ou syndical.

En novembre, les blocages de ronds-points routiers ont commencé. Étaient visés les carrefours aux abords des villes pour perturber le fonctionnement économique en entravant la circulation des camions. Des centaines de milliers de Gilets jaunes (au moins 300 000) ont participé à ces 2 500 opérations de blocage.

À partir du samedi 17 novembre, des manifestations non autorisées, non concertées avec la police, avec des parcours évoluant au gré des manifestant·e·s ont réuni des centaines de milliers de participant·e·s chaque semaine. À Paris dans les quartiers riches, les quartiers des ministères, les lieux de pouvoir dans lesquels les manifestations du mouvement ouvrier ne se rendent pas et dans les centres-villes. La répression policière contre ces manifestations a été croissante ; le 1er décembre, le symbolique Arc de Triomphe est tagué et dégradé au cours d’affrontements très violents, au Puy-en-Velay la préfecture est incendiée et les aéroports de Nice et Nantes ont été bloqués. Le 8 décembre, le gouvernement veut impressionner, il mobilise 85 000 policiers avec un arsenal militaire et des blindés, fait procéder à plus de 2 000 arrestations « préventives » sans arriver à empêcher les manifestations dans les rues de Paris et de la plupart des grandes villes.

Depuis cette date, la répression a réussi à empêcher les Gilets jaunes de manifester en masse à Paris, mais pas dans le reste du pays. Même si le nombre de manifestant·es diminue depuis mi-décembre, il reste depuis cette date chaque samedi à un niveau très élevé. Le mouvement est toujours présent, mobilise toujours aujourd’hui des dizaines de milliers de personnes très déterminées.

Pourtant le gouvernement a tout fait pour casser la mobilisation, avec une répression policière et judiciaire sans précédent, en cédant un peu et en ouvrant un simulacre de débat pour chercher à isoler politiquement les Gilets jaunes du reste de la population.

Après la manifestation du 1er décembre, il annonce tout simplement l’annulation de la hausse des taxes sur les carburants qui avait mis le feu aux poudres, mais c’est trop peu et trop tard.

Après la manifestation du 8 décembre, il fait des annonces selon le principe général « je te fais un cadeau, mais c’est toi qui paies ». Elles sont toutes financées par l’impôt, sans jamais prendre un euro de plus aux riches et aux patrons : une augmentation de 100 € par mois pour les salarié·e·s au SMIC, « sans qu’il n’en coûte rien à leur employeur », une prime de fin d’année dans les entreprises… au choix des patrons, le retour de l’exonération des impôts sur les heures supplémentaires, l’annulation de la hausse d’un impôt participant au financement de la sécurité sociale pour les retraités dont le revenu est inférieur à 2 000 €… C’est une arnaque, mais symboliquement il recule !

Il ajoute l’organisation d’un « Grand Débat » jusqu’au 15 mars, pour que selon lui chacun s’exprime dans son quartier ou sur internet. Ce débat est entièrement orienté et verrouillé, avec des questions fermées du type « quels impôts faut-il baisser », « faut-il supprimer certains services publics », « comment finance-t-on la transition écologique : par l’impôt, par les taxes ? » etc. et des questions ouvertes en mode « cause toujours » ! Mais cette arnaque, si elle ne prend pas chez les Gilets jaunes, permet de mobiliser les médias et de redonner encore plus de place à la parole du gouvernement et de Macron qui se dépense sans compter.

Le déferlement répressif contre les « classes dangereuses » a atteint un niveau sans précédent, en s’appuyant sur les lois sécuritaires issues de l’état d’urgence mis en place lors des attentats et en déployant un niveau de violences policières inégalé. Il y a eu des milliers d’arrestations, parfois préventives comme le 8 décembre à Paris, des milliers d’interdictions de manifester dans certaines villes, des centaines de condamnations à des peines de prison de plusieurs mois, voire plusieurs années, la plupart du temps lors de procédures expéditives. Une femme de 80 ans a été tuée par une grenade lacrymogène, des centaines de manifestant·e·s ont été grièvement meurtris : 4 personnes une main arrachée par des grenades, 20 personnes éborgnées par des flash-balls et des grenades de désencerclement, des dizaines blessées par des fragments de grenades explosives, des centaines molestées.

Des dizaines de milliers de manifestant·e·s non violents sont assimilés à « une foule haineuse », selon les termes de Macron [2]. Le gouvernement surenchérit en défendant l’adoption d’une nouvelle « loi anti-casseurs » hypercriminalisante.

Là encore, le mouvement des Gilets jaune change la situation. Le gouvernement Macron, après celui de Hollande a usé et abusé de la répression comme arme politique : généralisation des mesures issues de l’état d’urgence, répression et criminalisation, généralisation des méthodes appliquées aux quartiers populaires et aux migrant·e·s à toutes les expressions politiques et sociales avec une surutilisation médiatique des scènes d’affrontements pour décrédibiliser les mobilisations. Mais l’affaire s’est retournée. Les scènes de violence n’ont pas diminué le soutien tacite de la population au mouvement des Gilets jaunes : c’est la police qui est apparue de plus en plus largement comme responsable des violences. Et commence à monter une mobilisation contre l’utilisation des flash-balls ou lanceurs de balles de défense [3] et de grenades explosives, soutenue par des organisations de défense des droits humains. La multiplication de plaintes et d’enquêtes affaiblit la légitimité de la politique répressive du gouvernement.

 Qui sont les Gilets jaunes ?

Le mouvement a rendu visibles les invisibilisé·e·s, ce dont témoigne le paternalisme condescendant, voire le mépris de classe des médias et des dominants qui s’exprime de manière débridée face à cette mobilisation sans représentants, sans ces porte-parole si prisés du monde médiatico-politique.

C’est un mouvement d’ouvrier·es, employé·es, chômeur·es, précaires, retraité·es, artisan·es, des micro-entrepreneur·es… Pour la moitié d’entre elles et eux, c’est leur première mobilisation, car d’autres sont parfois d’anciens ou toujours syndiqué·es, notamment parmi les retraité·es.

Près de la moitié sont des femmes. Ils et elles ne font pas partie des milieux les plus défavorisés, mais des milieux modestes qui possèdent pour la plupart une voiture, et sont issu·es des quartiers populaires des métropoles et des déserts ruraux et périphériques : il n’y a quasiment pas de Gilets jaunes dans les grandes villes et notamment à Paris. Lorsque les Gilets jaunes manifestent dans les centres-villes, c’est dans un espace qui ne leur est pas familier.

Pour bon nombre, elles et ils ont essayé de s’en sortir par le travail, ont cherché à avoir une maison et pour cela se sont éloigné des centres-villes [4], rejoignant les habitant·es des petites villes oubliées par la métropolisation [5]. La ségrégation spatiale les a relégué·es toujours plus loin, dans des quartiers, des petites villes éloignées des grandes agglomérations, endroits privés de tout service public, de tout ce qui est nécessaire pour vivre correctement. Ils/elles ont beau travailler, dans des conditions de plus en plus difficiles, mais ils n’arrivent plus à joindre les deux bouts, à vivre décemment, dignement. Ils et elles vivent un déclassement et en plus sont objet des moqueries des élites !

lls/elles prennent la parole, s’insurgent contre les inégalités criantes, contre les difficultés de leur vie quotidienne, contre le mépris et l’arrogance des dominants. Cette exaspération populaire a un caractère de classe évident, ce qui explique sa popularité dans toutes les franges des classes populaires. Car c’est un mouvement social profond qui vient d’une partie de la classe des exploité·es et des opprimé·es telle qu’elle est aujourd’hui en France. Une classe éclatée, précarisée, aux statuts divers. La majorité des salarié·es qui sont dans cette mobilisation n’ont pas de contacts avec les organisations syndicales, la grève, la défense collective. Quand un ouvrier·e se fait autoentrepreneur·e parce qu’il/elle ne supporte plus la hiérarchie, ou ne trouve pas de boulot, il/elle côtoie des artisans qui sont étranglé·es par les banques et les grands groupes. Tous habitent dans les mêmes quartiers, les mêmes zones, dans les mêmes conditions de relégation relative, dans la même galère.

 Quelles revendications ?

La mobilisation était partie du refus d’une nouvelle augmentation de la taxe carbone sur les carburants, injuste socialement et inefficace sur le plan écologique. Le caractère antifiscaliste qui semblait dominer au départ et les tentatives d’instrumentalisation de l’extrême droite et de la droite extrême ont été relativisées par la dynamique propre du mouvement, qui s’est considérablement élargi : les taxes sur l’essence n’étaient que « la goutte d’eau qui fait déborder le vase ». Le refus de l’injustice a provoqué une évolution vers une contestation sociale plus globale.

Le point de départ a donc vite été dépassé par l’élaboration d’un cahier de revendications, allant même au-delà de la dénonciation de l’injustice fiscale, du refus des mesures gouvernementales, avançant des exigences offensives.

En portant des exigences de justice, d’égalité et de démocratie, le mouvement réactive le débat politique.

En effet on ne peut pas réduire les aspirations populaires à des revendications purement matérielles, même si elles sont bien présentes. Il y a dans la vitesse et la profondeur d’une mobilisation qui refuse l’arbitraire étatique et le déni de démocratie, l’expression d’une émotion profonde, bien au-delà des seules revendications matérielles qui cherchent à traduire en chiffres ce refus de l’injustice. Elles et ils en ont « ras le bol » du mépris des puissants, ne supportent plus l’humiliation que leur fait vivre la société, et particulièrement le président Macron.

Quelles sont ces exigences admises par le mouvement et transmises à tous les médias par écrit :

• Contre un système fiscal injuste : les plus riches bénéficient de cadeaux fiscaux comme la suppression de l’impôt de solidarité sur la fortune (ISF) alors que les services publics sont en mauvais état voire inaccessibles. Il faut que les fraudeurs fiscaux soient punis et que chacun contribue selon ses moyens.

• Contre l’accumulation des attaques contre le pouvoir d’achat, les retraites… s’exprime l’exigence morale que les plus fragiles soient protégés, que les travailleuses et travailleurs soient correctement rémunérés, que la solidarité fonctionne, que les services publics soient assurés.

• Le refus du mépris des puissants et de l’humiliation, l’exigence de dignité et de respect expliquent la focalisation contre Macron. Ce dernier représente l’oligarchie, il est le président des riches qui, par son exercice du pouvoir plein de morgue et de mépris, incarne une politique de l’inégalité, d’un monde où il y a des supérieurs – « premiers de cordée » – et des inférieurs. Macron assume et scénarise son mépris des modestes, de ces ouvrières d’un abattoir breton qui sont « pour beaucoup des illettrées », de ces ouvriers qui n’ont pas compris que « la meilleure façon de se payer un costard, c’est de travailler », de ces « gens qui ne sont rien », de ces fainéants qui ne veulent pas « traverser la rue » pour trouver du boulot, du « pognon de dingue » dépensé inutilement dans les aides sociales… « Macron démission » est ainsi le mot d’ordre le plus repris partout !

• Le discrédit du système politique et des élus comme la volonté de trouver les moyens de se faire entendre et de contrôler placent au centre l’exigence d’une démocratie réelle qui ne se résume pas au droit de vote. C’est le sens de la demande du référendum d’initiative citoyenne (RIC). Dans la colère contre l’injustice et les dominants, dans la solidarité des dominé·e·s, cherche à se construire une nouvelle expression politique.

• À la dimension politique, s’ajoute l’expérience de lieux de rencontre, de liens sociaux et amicaux qui rompent avec l’isolement, l’individualisation et la solitude.

Réaction à l’offensive néolibérale…

Le mouvement des Gilets jaunes est la réaction d’une partie des classes populaires à quatre décennies d’offensive néolibérale qui ont amplifié et approfondi les inégalités sociales. La classe dominante échoue à maintenir son rôle dirigeant, son autorité : elle n’arrive plus à imposer le consentement des exploité·es et des opprimé·es.

Macron avait bénéficié, pour se faire élire, du discrédit des partis politiques qui ont conduit les politiques libérales depuis les années 1980. Son projet d’une politique ultralibérale dans le cadre d’un régime politique autoritaire bute aujourd’hui sur un obstacle de taille : la réaction de celles et ceux qui en sont les victimes !

Depuis son élection, il a mis en œuvre, à marche forcée, une politique de rupture qui amplifie la politique néolibérale des gouvernements antérieurs. Il a voulu imposer en même temps toutes les réformes libérales ultrasensibles [6] longtemps différées en utilisant avec ostentation les institutions monarchiques de la Ve République. Entouré d’un personnel politique à son image, il écarte la discussion de compromis avec les partis et syndicats. Pour cette oligarchie, la démocratie est une perte de temps, à l’extrême rigueur des concertations sont envisageables, mais surtout pas des négociations.

Le mouvement des Gilets jaunes s’en prend aux politiques, au gouvernement, au président, jugés responsables des politiques injustes, mais ne vise ni les patrons ni l’exploitation capitaliste en tant que telle. Il défend une réparation des injustices les plus flagrantes.

Comme l’écrit Samuel Hayat : « Leur liste de revendications sociales est la formulation de principes économiques essentiellement moraux : il est impératif que les plus fragiles (SDF, handicapés…) soient protégés, que les travailleurs soient correctement rémunérés, que la solidarité fonctionne, que les services publics soient assurés, que les fraudeurs fiscaux soient punis (…). Là est sûrement ce qui donne sa force au mouvement, et son soutien massif dans la population : il articule, sous forme de revendications sociales, des principes d’économie morale que le pouvoir actuel n’a eu de cesse d’attaquer de manière explicite, voire en s’en enorgueillissant. Dès lors, la cohérence du mouvement se comprend mieux, tout comme le fait qu’il ait pu se passer d’organisations centralisées ». [7]

…sans que les organisations politiques et syndicales ne jouent un rôle

La dynamique du mouvement a suivi son cours sans que les organisations politiques et syndicales ne jouent un rôle. Ce mouvement a heurté de plein fouet le gouvernement, mais aussi les responsables syndicaux et politiques !

Le contraste a été saisissant entre le soutien massif de la population, en premier lieu dans les classes populaires, et la caricature qui en a été faite dans beaucoup de cercles de gauche. Mais, dans les entreprises, alors même que les salarié·es soutiennent massivement le mouvement, il n’y a pas pour le moment de contagion sous forme de grève. L’idée que « c’est le moment » ne s’impose pas, même quand des sections syndicales et/ou des militant·es radicaux ont cherché à mobiliser en ce sens.

Si des responsables de La France insoumise, comme Jean-Luc Mélenchon ou François Ruffin, tout comme Olivier Besancenot du Nouveau parti anticapitaliste (NPA) dans plusieurs interventions télévisées, ont tenu à marquer leur soutien au mouvement, toutes les grandes organisations syndicales, non seulement la CFDT et FO mais aussi la CGT ont refusé de soutenir les manifestations. Sur le terrain, un certain nombre de structures syndicales, de militant·e·s n’ont pas hésité à apporter leur soutien et à appeler à participer aux actions des Gilets jaunes.

L’absence de réaction unitaire des organisations syndicales dès le 1er et le 8 décembre à la répression violente, aux arrestations, par exemple sous la forme d’une journée de grève avec des manifestations dans toute la France, est un rendez-vous manqué privant de soutien des membres des classes populaires en lutte.

La situation a commencé à changer en janvier : dans de nombreuses villes, les « gilets rouges » syndicaux étaient de plus en plus présents et acceptés dans les manifestations. Et lorsque la CGT a appelé seule, bien tardivement, à une grève de 24 heures le mardi 5 février, des secteurs significatifs des Gilets jaunes ont appelé à en faire une « grève générale reconductible ».

Cela s’est traduit par des manifestations plus nombreuses que celles des seuls Gilets jaunes ou des seules organisations syndicales. Pour celles et ceux qui ont participé à ces manifestations, la convergence a été réelle et avec une visible joie d’être ensemble. En outre, cette jonction manifeste une certaine résistance aux courants les plus réactionnaires.

Pour autant on est loin de la grève générale de 24 heures, sans parler de la grève reconductible. Il n’y a pour l’instant pas de changement qualitatif dans la mobilisation d’autres secteurs des classes populaires.

 Un produit de la succession d’échecs du mouvement social

Le mouvement questionne directement aussi le mouvement syndical sur l’(in)efficacité de ses modes d’action.

L’existence des Gilets jaunes est le produit de la succession d’échecs du mouvement social des dernières années en France. La nouveauté, la ténacité et les premiers succès des Gilets jaunes éclairent cruellement les limites des luttes des dernières années.

Dans la période des « trente glorieuses », le conflit de classe était une forme de lien au sein de la société : les capitalistes négociaient avec le mouvement ouvrier la Sécurité sociale, la gestion des retraites, la formation professionnelle, etc. Pour les néolibéraux, comme le disait Thatcher, « il n’y a pas de société », il y a les individus et le marché. Exit le mouvement syndical. L’État est garant de la concurrence et quand c’est nécessaire, et ça l’est de plus en plus souvent, assure la répression.

Les politiques menées par les capitalistes lors des restructurations économiques ont diminué la capacité de blocage de l’économie par la grève sur le lieu de travail. Les groupes industriels sont de plus en plus gros et internationalisés avec des unités de production de plus en plus petites, dispersées par la sous-traitance. Seulement 34 % de salarié·es travaillent dans des entreprises employant plus de 500 personnes dont une bonne part dans des établissements de taille inférieure. À de rares exceptions notables (raffineries, transports…), les salarié·es n’ont pas le sentiment que leur grève va être efficace.

De plus, les conditions de travail, avec l’explosion de la précarité [8], ont changé – tout comme les conditions du militantisme, et plus encore avec les effets de la loi sur la représentation du personnel. Si l’on ajoute les chômeur·es et les autoentrepreneur·es… la part des exploité·es et des opprimé·es qui est en contact avec les organisations syndicales est de plus en plus limitée.

Les dernières mobilisations nationales (retraites, loi travail) se sont traduites par une succession de manifestations, parfois très puissantes, mobilisant des millions de personnes, mais qui ont été incapables de faire plus que… de permettre de compter les mécontent·e·s. Nous ne sommes plus dans la période où la puissance des manifestations faisait peser la menace d’un autre niveau d’affrontement. Aujourd’hui ces manifestations syndicales sont, au contraire (y compris lorsqu’elles sont massives), la marque de l’impuissance à faire plus. On manifeste parce qu’on ne peut pas faire moins, sans autre moyen de pression efficace.

En outre, les organisations politiques ne structurent plus les salarié·es sur les lieux de travail et n’ont qu’une relation électorale avec les classes populaires, c’est-à-dire très distante !

L’apparition des Gilets jaunes, après celle des Nuits Debout, en dehors des anciens cadres, met en évidence l’extériorité du mouvement social organisé à l’égard de bien des secteurs des couches populaires dans lesquels ces organisations n’ont pas (plus) aucune implantation.

Le mouvement Nuit debout, bien que limité en France, avait mobilisé d’autres couches sociales, jeunes, urbaines, plus formées, plus enclines à débattre, elles aussi en extériorité au mouvement social organisé, qui ont cherché à changer le rapport de force par l’occupation des places. Il y avait dans ce mouvement comme dans celui des Gilets jaunes un « dégagisme », un refus de toutes les organisations qui apparaissent comme inutiles, voire nuisibles, en tout cas pas adaptées à la situation, ne répondant pas aux besoins des dominé·e·s. Cette extériorité touche aussi les associations existantes qui ne sont pas perçues comme représentantes naturelles de celles et ceux qui veulent agir. Ainsi les appels citoyens à des mobilisations féministes (#Metoo) ou écologistes (#ilestencoretemps) se sont multipliés.

Le mouvement des Gilets jaunes met aussi en évidence que le lieu de travail n’est plus le centre d’organisation de l’affrontement de classe. Il a cherché et trouvé d’autres lieux (ronds-points), d’autres outils (les réseaux sociaux), d’autres formes (blocages, manifestations non déclarées…), d’autres cibles (les beaux quartiers, lieux de pouvoir…).

 L’auto-organisation horizontale

Que de commentaires acerbes sur un mouvement qui n’est pas capable d’avoir des représentants !

Pas de représentants ne signifie pas obligatoirement pas d’organisation, ni de débats ou de démocratie.

Ces secteurs des classes populaires ont construit des collectifs, ont cherché à s’unifier hors de l’entreprise, dans l’espace public que sont les ronds-points et les péages d’autoroute. Ce qui est tout à fait inédit, c’est la dimension d’emblée nationale d’un mouvement spontané qui s’est développé simultanément partout au travers de milliers d’actions locales coordonnées. Les réseaux sociaux ont permis de relier des individus qui ne se connaissaient pas, de manière assez horizontale, égalitaire, bien que médiée par les algorithmes desdits réseaux sociaux.

Mais la seule puissance des réseaux sociaux ne peut expliquer l’ampleur du mouvement des Gilets jaunes.

Petit à petit, c’est autour des groupes des ronds-points que s’est spontanément organisé le mouvement. Là où ils ont tenu [9], se sont créés des groupes sous des formes les plus diverses : du groupe qui se réunit régulièrement, décide à la majorité après débat de ses actions, a même une expression publique, jusqu’au secteur qui décide sans débat entre celles et ceux qui sont là, avec parfois un chef autoproclamé. Parfois un ou plusieurs ronds-points désignent un·e porte-parole. Chaque groupe décide par lui-même ce que vont être ses règles, ici l’extrême droite exclut un militant anticapitaliste, ailleurs c’est l’inverse !

Pour les actions communes, l’essentiel se décide sur les réseaux sociaux. Un groupe fait une proposition, par exemple l’occupation d’un centre commercial, envoie l’information sur les réseaux sociaux, les autres réagissent… ou pas. L’action se fait s’il y a assez de monde.

Les manifestations hebdomadaires du samedi sont de plus en plus rejointes par d’autres participant·es, parfois syndicalistes. Lors de ces manifestations, le parcours se décide au consensus informel (quand il n’est pas imposé par réaction aux offensives policières). Si d’aucun·es veulent prendre une direction, ils/elles y vont, si la majorité qui est derrière n’est pas d’accord, elle ne suit pas et crée son propre parcours.

C’est un mouvement dans lequel chacun·e décide de ce qu’il fait, le plus souvent en accord tacite avec son groupe. Pour la plupart des participant·e·s, y compris celles et ceux qui sont syndiqués, ont participé à des grèves, c’est la première fois de leur vie qu’ils/elles décident et agissent ainsi par eux-mêmes.

Évidemment cette absence de structuration permet les différentes manœuvres, tant personnelles que de groupes d’extrême droite.

Si l’extrême droite n’est pas dominante dans le mouvement, comme le prouve le fait qu’elle n’a pas réussi à imposer la thématique anti-immigrés, elle est quand même présente dans certains ronds-points et dans les manifestations. Dans celles ci, l’absence de toute structuration démocratique permet à de petits groupes organisés des opérations comme lors de la manifestation du 1er décembre à Paris, ou lors de l’attaque contre le cortège du NPA le 26 janvier.

Globalement les enquêtes indiquent qu’un tiers des participant·e·s se déclarent « apolitiques », ni de droite ni de gauche, et parmi celles et ceux qui se positionnent, plus de 40 % se situent à gauche, 15 % à l’extrême gauche, moins de 15 % à droite et aux environs de 5 % à l’extrême droite.

La volonté des Gilets jaunes d’être maîtres de leurs décisions et actions au niveau local a incontestablement enraciné le mouvement et contribué à son succès. Mais il a besoin de se coordonner au niveau régional et national.

La maturation du mouvement ne produit pas à ce jour de structuration démocratique. Les débuts de structuration nationale au travers de l’Assemblée des Assemblées à l’initiative du groupe de Commercy sont positifs, mais encore limités. La réunion qui s’est tenue le 27 janvier a regroupé 350 personnes, mais seulement une soixantaine de délégué·es mandatés par des rond-points/groupes/assemblées locales, et une vingtaine de délégations d’observateurs, sans compter les participants individuels et les journalistes.

Or l’absence de débat national démocratique renforce un des traits constitutifs du mouvement : l’impératif de l’unanimité. Sont avancées les revendications pouvant faire immédiatement consensus. Le référendum d’initiative citoyenne (RIC) en est l’exemple type, les points qui risquent de diviser sont mis à l’écart. Le désir d’un peuple homogène, sans division, conduit à nier la dimension politique de son action. Les clivages, les contradictions sont refoulés. Or il y a des débats entre diverses options. Se manifestent par exemple une option plus négociatrice, une option « dégagiste », une option électoraliste qui appelle à la formation d’un mouvement politique à la mode du « 5 étoiles » italien qui pour le moment ne prend pas. Enfin, les options nationalo-identitaires peuvent également se renforcer.

Le dépassement du refus du débat politique est un des enjeux. Le « peuple » n’est ni homogène ni unanime, il est traversé d’intérêts et d’avis divergents. C’est la disparition des oppressions et de l’exploitation qui permettra l’égalité et la justice sociale, pas la négation de leur existence. Les oppressions ne sont pas solubles dans l’invocation d’un « peuple », les combattre nécessite l’auto-organisation des premier·e·s concernés. Loin de supprimer la politique, la démocratie directe peut lui rendre sa fonction d’expression de choix de société différents, de confrontation d’idées, au détriment de celle de pourvoyeur d’écuries électorales. Il faut accepter l’antagonisme politique, le conflit, qui sont nécessaires à la démocratie.

Le mouvement a fait avancer un certain nombre de débats

• Sur les questions de l’écologie et du climat. Alors qu’on assiste au développement du mouvement pour le climat – marches pour le climat régulières et nombreuses depuis septembre, succès de la pétition « l’affaire du siècle » [10]… – le gouvernement a cherché à opposer « fin de mois et fin du monde », social et écologie… L’augmentation de la taxe carbone sur les carburants est apparue pour ce qu’elle est : injuste socialement (comme les autres impôts indirects qui pénalisent plus les pauvres que les riches) et inefficace écologiquement. La moralisation/punition de l’utilisation de la voiture est inefficace alors que le tout-voiture est imposé par toute l’organisation du travail, du logement, des services publics… Le capitalisme ne se contente pas d’exploiter la force de travail mais structure le temps et les espaces de vie, impose un « déménagement » du territoire façonné par le tout-voiture, la spéculation foncière, l’organisation sociale et économique centrée autour de quelques grandes métropoles inscrites dans la mondialisation libérale.

Cette ségrégation spatiale a été mise en évidence par celles et ceux qui sont oubliés-sacrifiés, privés de service public et de tout ce qui est nécessaire pour vivre correctement. Le lien indispensable entre justice sociale et justice climatique a avancé, dans les slogans des marches climat, comme dans les préoccupations du mouvement écologiste.

• La place des femmes. Beaucoup s’étonnent de leur forte présence, qui contraste avec leur faible visibilité dans l’action syndicale et politique.

Leur mobilisation révèle qu’elles sont la majorité des travailleurs pauvres, à temps partiel, précarisés, des retraités pauvres… Elle vient rompre l’invisibilité de cette partie du prolétariat responsable de l’essentiel du travail du soin, dans la santé, le service à la personne… Elles sont peu reconnues, mal payées, avec des conditions de travail difficiles, beaucoup élèvent seules leurs enfants. Les exigences ne concernent pas seulement le travail et le salaire, mais aussi tout ce qui fait la vie donc le logement, le transport, l’accès aux services publics… autant de questions dont les femmes ont majoritairement la charge et qui ne sont pas prises en charge par le syndicalisme.

Et maintenant ?

Cet énorme bouleversement ouvre de nouvelles possibilités… mais rien n’est écrit à l’avance.

Il y a une différence entre la frange la plus mobilisée (jusqu’à 500 000 personnes) et ce qui se passe au plan politique dans le reste de la population. La tendance lourde de la montée de l’extrême droite n’est pas inversée, au contraire.

L’évolution dans l’affrontement a une dynamique anti-Macron remettant en cause les choix capitalistes néolibéraux, mais la dynamique politique actuelle est telle que des mouvements de ce type peuvent aussi profiter à l’extrême droite : le mouvement ne peut à lui seul régler spontanément ces débats. Si l’extrême droite peut profiter du mouvement des Gilets jaunes, il serait faux de penser que c’est le mouvement des Gilets jaunes qui renforce l’extrême droite.

Les quelques centaines de milliers de Gilets jaunes soutenus par l’immense majorité de la population ont réussi à déstabiliser Macron et son gouvernement, mais il est clair que pour le faire céder, il faut mettre en mouvement les autres couches de la classe des exploité·e·s et des opprimé·e·s qui, si elles soutiennent ce mouvement, ne se sont pas mises en mouvement.

Il ne suffit pas de dire « convergence » pour unifier toutes les colères, et surtout cela ne pourra se faire sous une seule bannière, même celle des Gilets jaunes qui a pourtant montré son efficacité. Cette unité dans l’action des exploité·e·s et des opprimé·e·s ne pourra se faire que dans le métissage des formes d’organisation et des moyens d’action, dans la reconnaissance qu’il n’y a pas un peuple homogène, mais que des oppressions, dominations (de genre, de classe, raciste) nécessitent l’auto-organisation des premier·e·s concerné·e·s pour les combattre.

Nous vivons une situation inédite avec un mouvement social impétueux, inventif et incontrôlable. In extremis, nous fêtons enfin par les luttes le 50e anniversaire de Mai 68, avec cette mobilisation des Gilets jaunes dont les caractéristiques montrent à quel point les conditions des luttes de classe se sont modifiées au cours de ces 50 dernières années. C’est un bouleversement, nous sommes entré·es dans le XXIe siècle !

Mais, si le mouvement actuel a créé une crise politique majeure, on est loin d’une inversion des dynamiques fondamentales de la période, celle de « la possibilité du fascisme », inscrites dans les rapports de forces mondiaux.

Cette nouvelle vague de mobilisations montre à nouveau l’absence criante d’une expression politique des exploité·e·s et des opprimé·e·s et d’un outil politique utile pour leur action quotidienne. Un tel collectif militant, réseau, organisation ne peut se construire qu’autour d’un projet émancipateur, d’une perspective politique, qui doivent s’élaborer à partir des exigences de justice sociale, de répartition des richesses et de démocratie. Partir des mouvements réels, des collectifs en mouvement, pour repenser des formes d’organisation démocratiques… telle est aujourd’hui plus que jamais la tâche des anticapitalistes, des révolutionnaires, de celles et ceux qui veulent en finir avec l’exploitation et les oppressions.

Rouen, le 8 février 2019

Christine Poupin et Patrick Le Moal

Appel de l‘ICOR à l‘occasion de la journée de lutte internationale des femmes 2019

.

« L’expérience de tous les mouvements de libération atteste que le succès d’une révolution dépend du degré de participation des femmes ! (Lénine, « Discours au premier congrès pan-russe des ouvrières », prononcé le 19 novembre 1918))

La journée internationale de lutte des femmes en 2019 a lieu dans une situation tourmentée et polarisée de la lutte de classe ayant une importance stratégique. Sur le plan mondial les forces dominantes sont de moins en moins en mesure d’exercer leur domination sans se heurter à une résistance massive du mouvement ouvrier et des larges masses populaires. De plus en plus de gouvernements tendent à appliquer, dans leur méthode principale de gouvernance, la réaction ouverte et la violence vers l’intérieur et l’extérieur. La déstabilisation des conditions existantes a engendré une polarisation sociale dans laquelle s’est profilée une évolution vers un état d’esprit progressiste, à l’échelle mondiale, dans la classe ouvrière et parmi les larges masses.

La conscience des femmes s‘est réveillée à une échelle massive dans de nombreux pays du monde ! De l’Asie passant par l’Allemagne et d’autres pays européens à l’Afrique les ouvrières luttent contre leur double exploitation, pour l’augmentation et l’égalité des salaires, la reconnaissance de leur travail et de meilleures conditions de travail. De l’Argentine et de l’Uruguay jusqu’aux États-Unis des millions de femmes de toutes les couches sociales se lèvent contre leur oppression spécifique, contre le sexisme, les violences faites aux femmes allant jusqu’au féminicide et pour le droit à l’autodétermination du corps et de la vie. De l’Inde au Rojava (au Kurdistan syrien) les femmes s’opposent héroïquement et de manière organisée à tout le système de la double exploitation et oppression de la masse des femmes travailleuses. Les femmes incarnent et exigent des alternatives sociétales. Même si, dans certains États, les femmes peuvent accéder aux postes de responsabilité les plus élevés et participer activement au pouvoir capitaliste-impérialiste, la masse des femmes qui travaillent est affectée par l’exploitation capitaliste et elles sont toutes attaquées en tant que femmes par l’oppression patriarcale en raison de leur sexe. Au Rojava, nous vivons l’expérience d’une révolution de femmes proclamée par celles qui la portent. Dans le même temps, les mouvements internationaux de femmes recourent à un vieux moyen du mouvement ouvrier : la grève des femmes à l’occasion du 8 mars, par laquelle beaucoup d’elles expriment de façon combative leur revendication d’une vie libre et égale dans de nombreux domaines. Les mouvements de masse croissants des femmes dans le monde entier constituent une base et une impulsion pour la lutte déterminée contre les structures et les comportements patriarcaux ainsi que contre le capitalisme.

L’organisation révolutionnaire mondiale ICOR encourage la construction d’un mouvement combatif international des femmes. L’ICOR prend sa responsabilité dans le processus de la Conférence mondiale des femmes, où s’unissent les mouvements révolutionnaire et combatif des femmes dans la lutte contre l’exploitation et l’oppression, pour leur libération dans une société libérée. Ce n’est que dans une société socialiste et communiste que la libération des femmes peut être réalisée pleinement, mais déjà aujourd’hui elle doit être manifeste et acquise de haute lutte par la théorie et la pratique des partis révolutionnaires.

Le mouvement international de la femme du 21e siècle est confronté à de grands défis ! L’ICOR, dans son « Appel à rassembler les forces pour construire un front uni anti-impérialiste », s’oppose à la tendance générale aux préparatifs de guerre impérialistes. C’est une tâche de suprême priorité, également pour le mouvement combatif international des femmes. En même temps, le mouvement combatif international des femmes doit se renforcer aux niveaux politique, idéologique et organisationnel ! Dans cet esprit, le séminaire théorique qui s’est tenu en Inde en 2018 au sujet de la libération de la femme a été un début important.

Les femmes dans le monde ne veulent pas périr dans la barbarie capitaliste. Leur vision d’un monde sans exploitation ni oppression a besoin de regroupement international combatif et de forts partis révolutionnaires. La base sociétale et économique de la libération de la femme ne peut être créée que dans une société socialiste libérée.

Renforcez le mouvement combatif des femmes dans le monde ! Organisez-vous dans les partis révolutionnaires et assumez courageusement des responsabilités dirigeantes ! Devenez partie intégrante de la révolution socialiste internationale.

Vive la journée internationale des luttes des femmes ! En avant pour la libération des femmes ! En avant avec l’ICOR !

Signataires (en date du 28/02/2019, liste actuelle des signataires sur www.icor.info ):

PCPCI Parti Communiste Proletarien de Côte d’Ivoire, Côte d’Ivoire
ORC Organisation Révolutionnaire du Congo, République démocratique du Congo
MMLPL Moroccan Marxist-Leninist Proletarian Line (Ligne prolétarienne marxiste-léniniste marocaine)
CPSA (ML) Communist Party of South Africa (Marxist-Leninist) (Parti communiste d’Afrique du Sud (marxistes-léninistes))
PCT Parti Comuniste du Togo Togo
PPDS Parti Patriotique Démocratique Socialiste, Tunisie7. CPB Communist Party of Bangladesh (Parti communiste du Bangladesh)
CPI (ML) Red Star Communist Party of India (Marxist-Leninist) Red Star (Parti communiste d’Inde (marxiste-léniniste) Etoile Rouge)
NCP (Mashal) Nepal Communist Party (Mashal) (Parti communiste du Népal (Mashal))
NDMLP New-Democratic Marxist-Leninist Party (Parti marxiste-léniniste de démocratie nouvelle), Sri Lanka
БКП Българска Комунистическа Партия (Parti communiste bulgare)
MLPD Marxistisch-Leninistische Partei Deutschlands (Parti marxiste-léniniste d’Allemagne)
UCLyon Unité Communiste Lyon, France
UPML Union Prolétarienne Marxiste-Léniniste, France
BP (NK-T) Bolşevik Parti (Kuzey Kürdistan-Türkiye) (Parti bolchevique (Kurdistan du Nord / Turquie))
RM Rode Morgen (aube rouge), Pays-Bas
MLGS Marxistisch-Leninistische Gruppe Schweiz (Groupe marxiste-léniniste de Suisse)
VZDOR VZDOR – strana práce (Résistance – parti du travail), Slovaquie
KSC-CSSP Komunisticka Strana Cheskoslovenska – Cheskoslovenska Strana Prace (Parti communiste de Tchécoslovaquie – Parti ouvrier tchécoslovaque), République tchèque
MLKP Marksist Leninist Komünist Parti Türkiye / Kürdistan (Parti marxiste-léniniste communiste Turquie / Kurdistan)
KSRD Koordinazionnyj Sowjet Rabotschewo Dvizhenija (Conseil de coordination du mouvement ouvrier), Ukraine
PR Partija Rada (Parti du travail), Yougoslavie (ex)
MLP Marksistsko-Leninskaja Platforma (Plate-forme marxiste-léniniste), Russie
PCC-M Partido Comunista de Colombia – Maoista (Parti communiste de Colombie – maoïste)
PCP (independiente) Partido Comunista Paraguayo (independiente) (Parti communiste Paraguayen (indépendant))
BDP Bloque Democratico Popular (Bloc démocratique populaire), Pérou
PML del Perú Partido Marxista Leninista del Perú (Parti marxiste-léniniste du Pérou)
PPP Partido Proletario del Perú (Parti prolétarien du Pérou)
PC (ML) Partido Comunista (Marxista Leninista) (Parti communiste (marxiste-léniniste)), République Dominicaine
PS-GdT Plataforma Socialista – Golpe de Timón (Plate forme Socialiste – Changement de direction), Venezuela
RCP Revolutionary Communist Party of Egypt (Partie communiste révolutionnaire d’Egypte)
KOL Kommunistische Organisation Luxemburg (Organisation Communiste de Luxembourg)