Pas de libération des femmes sans révolution socialiste

Pas de libération des femmes sans révolution socialiste

Le mouvement féministe prend une nouvelle fois de l’ampleur . La question de sa perspective est donc de taille. Dans l’article suivant, Aurore Koechlin développe une vue stratégique de la question des femmes. Elle expose de manière claire l’exploitation et l’oppression particulière de la femmes dans le cadre de la société capitaliste et lie la critique du capitalisme et du patriarcat. Karl Marx et Friedrich Engels ont jeté les bases d’une telle position par leur critique de la conception de la famille bourgeoise comme unité économique de la production et reproduction de la vie et de la main d’œuvre. Lecture conseillée !!

Manifestation de femmes en Inde

Aurore Koechlin : « Aucune révolution  féministe sans renversement des classes »

08 février 2021

Entretien inédit pour le site de Ballast

Mettre sur la table une question cruciale mais souvent négligée : la stratégie. Telle est l’ambition d’Aurore Koechlin dans son livre La Révolution féministe. S’il est évident, pour l’autrice, que le féminisme réformiste (dialoguer avec les institutions de l’État, intégrer ses administrations, bénéficier de ses financements associatifs) ne permet pas l’affranchissement plein et entier des femmes et la construction d’une société plus juste, Koechlin n’en fait pas moins état des impasses d’une autre tendance, incontournable dans le camp de l’émancipation : la « stratégie intersectionnelle ». Tout en soulignant la nécessité d’appréhender l’enchevêtrement des différentes dominations, elle conteste les effets politiques concrets produits par ce qu’elle tient pour une déformation de ce que propose, initialement et justement, l’intersectionnalité comme outil sociologique. Effets qu’elle résume ainsi : dénonciation des « privilèges » des individus plutôt que des structures du pouvoir ; désintérêt pour la construction d’un grand mouvement collectif ; focalisation élitiste sur la pureté radicale, les codes admis, le langage requis. L’ouvrage entend dès lors proposer une stratégie de nature « révolutionnaire », héritière d’un marxisme critique : la constitution d’un mouvement féministe de masse en lien avec les mouvements ouvrier et antiraciste, permettant, ensuite, la formation d’une force populaire à même de tourner la page du capitalisme, c’est-à-dire de prendre le pouvoir. Nous en discutons.

En 2019, un manifeste a appelé à un Féminisme pour les 99 %. Ça vous parle ?

Oui, énormément. Je partage avec ses autrices l’essentiel des analyses, tant théoriques que stratégiques, sur le féminisme. Elles se réclament toutes de la théorie de la reproduction sociale, elles font l’analyse qu’une nouvelle vague du féminisme est en cours et elles défendent stratégiquement que le féminisme doit à la fois se démarquer du féminisme libéral et être pensé en lien avec la lutte des classes et les luttes antiracistes. La principale différence entre nous repose sur le fait qu’elles ont choisi de mettre davantage en avant un féminisme anticapitaliste plutôt que révolutionnaire — c’est-à-dire qui souligne surtout contre quoi elles se battent. À l’inverse, il m’a semblé important de mettre en évidence que pour en finir avec la domination des femmes et des minorités de genre, une révolution est nécessaire.

Qu’entendez-vous exactement par « révolution » ?

« Pour en finir avec la domination des femmes et des minorités de genre, une révolution est nécessaire. »

Ce terme a connu un double mouvement dans les dernières années, qui l’a beaucoup galvaudé. D’un côté, il a été diabolisé : source de peur, présenté comme un moment unilatéralement violent, à l’opposé de la démocratie. De l’autre côté, il a pu être vidé de sa substance, notamment sous l’effet du marketing néolibéral (pour vendre un produit, il le présente comme « révolutionnaire »). Tout est révolution : rien n’est révolution ; le mot n’a plus de sens. Ces deux mouvements ont un même but, enterrer collectivement l’idée d’une alternative à la société actuelle. C’est pourquoi il me paraît important de se réapproprier le terme et de lui donner une autre connotation — en soulignant, par exemple, que si on a une analyse structurelle conséquente des rapports sociaux de domination, on ne peut qu’être révolutionnaire. Si, vraiment, il y a des dominations parce qu’il existe des structures qui les portent (l’État, la Justice, la police, la famille, l’école, le travail…), alors il faut les renverser et en penser de nouvelles pour mettre fin aux dominations.

L’histoire des féminismes est souvent présentée par différentes « vagues ». Mais cette historiographie a pu être contestée. En quoi cette métaphore vous paraît-elle pertinente ?

Je comprends parfaitement que cette historiographie, simplificatrice, soit contestée par des historien·nes qui montrent que l’histoire du féminisme est plus complexe qu’une question de séquençage en vagues. Ou par des militant·es, qui rappellent que cette histoire est centrée sur les pays occidentaux et fait fi de l’histoire des luttes féministes hors de ce contexte. Je partage ces critiques. Néanmoins, la notion de vagues me semble apporter deux choses. D’une part, sa simplification même permet une facile appropriation. L’histoire des féminismes est peu connue, en grande partie parce qu’elle a été volontairement invisibilisée et oubliée. Je fais partie d’une génération qui a dû grandir en redécouvrant ce qu’avaient accompli les générations féministes antérieures, au prix d’un long apprentissage parfois difficile. Les choses sont en train d’évoluer avec un dynamisme certain du côté de l’histoire du féminisme, comme en témoigne par exemple la publication du récent ouvrage Ne nous libérez pas, on s’en charge — Une histoire des féminismes de 1789 à nos jours, de Bibia Pavard, Florence Rochefort et Michelle Zancarini-Fournel.

Il me semblait utile de livrer un premier repère historique en trois vagues, qui permet de fixer simplement de grandes périodes. L’autre apport de cette notion, c’est qu’il s’agit d’une caractérisation militante. Bibia Pavard a montré dans son article « Faire naître et mourir les vagues : comment s’écrit l’histoire des féminismes » que ce sont les nouvelles générations féministes qui se sont à chaque fois qualifiées de nouvelles vagues, ce qui a un effet performatif : proclamer qu’on entre dans une nouvelle vague contribue ainsi à la faire advenir. À ce titre, il me semblait intéressant de souligner qu’on assiste actuellement à une quatrième vague du féminisme, afin de prendre la mesure de la situation et de réfléchir collectivement aux tâches politiques que cela implique. La particularité de cette quatrième vague est qu’elle ne naît pas dans les pays occidentaux, mais en Amérique latine — ce qui permet justement de sortir du reproche qu’on a pu faire. Il serait d’ailleurs intéressant de relire ce séquençage avec les apports des recherches historiques sur les féminismes non occidentaux.

Franck Gaudichaud nous disait justement toute l’importance du féminisme pour comprendre les mouvements sociaux en Amérique latine. Les féminismes latino-américains sont-ils aujourd’hui les plus à même de faire la jonction avec le mouvement ouvrier ?

« Les femmes de chambre de l’hôtel Ibis-Batignolles lient indissociablement le féminisme, la lutte antiraciste et celle pour l’amélioration de leurs conditions de travail. »

Cette question du lien est très compliquée. Historiquement, le mouvement féministe en tant que tel est né au sein des révoltes sociales. Mais sa particularité a toujours été d’être transclasse. Il a ainsi pu être réduit par des fractions du mouvement ouvrier, parfois par ses dirigeants staliniens, à un mouvement bourgeois ou petit-bourgeois. Cela a entraîné une crise durable entre mouvement féministe et mouvement ouvrier depuis les années 1970, avec l’émergence d’un mouvement féministe autonome du mouvement ouvrier — au moins partiellement. Même si cette autonomie est à relativiser : les féministes du courant « lutte de classes » faisaient, dès cette époque, le lien entre les deux mouvements. Aujourd’hui, une partie de l’extrême gauche continue de nier la centralité politique du féminisme et ne se souvient de sa force que lorsqu’il parvient à mobiliser massivement des milliers, voire des millions de personnes. Cette fraction de l’extrême gauche conteste surtout sa centralité à un niveau stratégique : elle peut reconnaître qu’il existe des formes d’oppression spécifiques qui pèsent sur les femmes et les minorités de genre, mais elle ne pense pas que l’oppression de genre est consubstantielle au capitalisme et nie qu’elle est aussi une forme d’exploitation, c’est-à-dire d’appropriation de la force de travail. On pourrait faire exactement les mêmes remarques sur la centralité politique de l’antiracisme.

Mais, bien sûr, on ne saurait réduire le mouvement ouvrier à cette fraction de l’extrême gauche. Je crois qu’à la base des mouvements, au contraire, il y a une forte conscience de la nécessité de la convergence des luttes. Et concernant le féminisme, elle est en partie réalisée dans les faits : de nombreuses travailleuses en lutte font le lien entre ces différents combats, car le sexisme et/ou le racisme structurent leur exploitation au travail, et cela n’a pas de sens de les séparer. Un bon exemple est la lutte des femmes de chambre toujours en cours de l’hôtel Ibis-Batignolles. Elles lient indissociablement le féminisme, la lutte antiraciste et celle pour l’amélioration de leurs conditions de travail. Mais pour revenir à l’Amérique latine, je crois que sa particularité repose sur le fait que, justement, le mouvement féministe y est très puissant. C’est peut-être actuellement le mouvement le plus puissant. Dès lors, les féministes peuvent faire en acte la convergence des luttes. En France, je pense que cette convergence adviendra lorsque nous aurons réussi à construire un mouvement féministe fort et populaire, qui pèsera sur le mouvement ouvrier et donnera de l’écho aux femmes et aux minorités de genre du mouvement ouvrier.

Dans une perspective d’articulation du marxisme et du féminisme, vous mettez en avantune théorie de la reproduction sociale afin de penser les rapports de production, de reproduction et les rapports sociaux. Pourquoi est-elle essentielle à vos yeux ?

Cette théorie a émergé au croisement de la théorie marxiste et de la théorie féministe dès les débats des années 1960–1970, autour du travail domestique. Puis elle s’est cristallisée dans les années 1980 autour d’un ouvrage majeur, Marxism and the oppression of women de Lise Vogel, pour connaître un renouveau ces dernières années dans un contexte politique et universitaire spécifique. D’un côté, le marxisme a en effet connu un regain d’intérêt dans le contexte de la crise économique de 2007–2008. De l’autre, la théorie féministe, à la faveur de la nouvelle vague, est particulièrement dynamique ces dernières années. C’est ainsi qu’il faut comprendre l’importance qu’a prise la théorie de la reproduction sociale. Elle essaie de livrer une analyse de l’oppression des femmes et des minorités de genre dans le cadre théorique du marxisme — ce qui implique bien évidemment d’avoir un rapport souple à ce dernier. La théorie de la reproduction sociale montre que si les femmes et les minorités de genre sont dominé·es, ce n’est pas dû à une simple oppression idéologique qui aurait perduré (comme une réminiscence d’un ancien temps). Elle montre également que ce n’est pas accessoire au capitalisme, et que le capitalisme n’aurait pas pu être indifférent au genre. Si cette domination existe, c’est qu’elle a une base matérielle et que cette dernière est nécessaire au capitalisme. Cette base matérielle, c’est l’assignation des femmes et des minorités de genre dans le cadre d’une division genrée du travail, à un type de travail spécifique : le travail reproductif. Celui-ci consiste à produire et à reproduire la vie, c’est-à-dire les travailleurs et les travailleuses dans le cadre de l’économie capitaliste. Dit à un plus haut niveau d’abstraction, et en utilisant les catégories marxistes, le travail reproductif est le travail qui produit et reproduit la force de travail. Il faut donc bien voir qu’il ne s’agit pas d’un travail centré sur le biologique. Au contraire : l’essentiel des tâches qui y sont liées ne sont pas d’ordre biologique. Même quand le travail reproductif inclut des processus biologiques, ils sont marqués du sceau du social. D’où le terme de « reproduction sociale ».

Comment ce travail reproductif se traduit-il concrètement ? 

« Il est impossible de penser un capitalisme qui soit indifférent au genre (de même qu’à la race).

Il s’effectue à un double niveau. D’abord à un niveau quotidien, il consiste à accomplir l’ensemble des tâches nécessaires pour que les travailleurs et travailleuses soient fraîches et disposes pour retourner travailler le lendemain : préparation des repas, lessives, entretien de la maison, etc. Ensuite, à un niveau intergénérationnel, il consiste à reproduire la force de travail dans le temps : par la production et l’éducation des enfants, notamment. L’un des lieux centraux dans lequel se déploie le travail reproductif est la famille — il correspond alors au travail domestique théorisé par les féministes des années 1970. Mais l’intérêt de la théorie de la reproduction sociale est de montrer qu’il peut aussi être effectué dans d’autres espaces.

Lesquels, par exemple ?

Il peut être en partie collectivisé via les services publics, notamment en matière d’éducation et de santé. Dans ce cadre, il demeure extrêmement genré : ce sont majoritairement les femmes et les minorités de genre qui le prennent en charge. De la même façon que le travail reproductif est invisibilisé et méconnu comme travail dans le cadre de la famille, mais présenté comme le résultat d’une aspiration « naturelle », il est dévalorisé socialement et faiblement rémunéré dans le cadre des services publics — et considéré comme à la limite d’un travail. Mais il peut aussi être intégré à la sphère du marché, cette fois-ci principalement via les services à la personne. Dans ce cadre, on constate qu’il n’est pas seulement genré mais également extrêmement racisé : ce sont en grande partie les femmes des classes populaires et racisées qui l’effectuent. Cela permet de montrer que des actrices centrales de la lutte féministe sont les femmes racisées, qui prennent aujourd’hui de plus en plus en charge le travail reproductif. Dans le cadre capitaliste, la domination des femmes et des minorités de genre est ce qui permet indirectement la production des profits. Il est donc impossible de penser un capitalisme qui soit indifférent au genre (de même qu’à la race) : tout son fonctionnement repose sur l’existence et la perpétuation de ces rapports sociaux de domination.

Selon vous, le point faible du féminisme dit « matérialiste »« réside […] dans son manque d’élaboration stratégique ». Vous esquissez la voie d’une stratégie révolutionnaire et marxiste : pourquoi serait-elle plus à même de réussir ?

Pour être précise, je fais l’hypothèse qu’une des causes de la rapide institutionnalisation du mouvement féministe repose sur le manque d’élaboration stratégique du féminisme matérialiste hors mouvement. De façon significative, Christine Delphy pouvait dire dans les années 1970, revenant sur son article « L’ennemi principal », que parler de lutte révolutionnaire « ne veut pas dire qu’on sait comment s’y prendre, ni ce qu’il faut détruire pour détruire [le patriarcat]. Le découvrir fait partie intégrante de la lutte ». Je pense que c’est en partie symptomatique du fait que la lutte féministe se suffisait en quelque sorte à elle-même, et qu’il y avait ici une forme de refus d’élaborer une stratégie concrète de renversement du patriarcat. Mais je ne l’écrirais probablement plus exactement sous cette forme aujourd’hui…

Pourquoi ?

« Nous ne devons pas avoir peur de tirer les bilans de nos erreurs passées pour pouvoir construire un mouvement féministe qui soit le plus victorieux possible. »

J’ai l’impression que c’est un mouvement indépassable du capitalisme que de coopter les différents mouvements contestataires. Par contre, sur la question du débat entre féministes matérialistes et féministes marxistes, il me semble important, d’abord, de souligner combien nous sommes toutes et tous débitrices, en tant que féministes, des élaborations extrêmement riches théoriquement du féminisme matérialiste. Le désaccord se place davantage à un niveau politique. Christine Delphy en particulier a défendu l’idée d’un mode de production patriarcal autonome et parallèle au mode de production capitaliste, alors que je trouve que l’articulation entre production et reproduction que propose la théorie de la reproduction sociale est une analyse plus convaincante. À un niveau stratégique, cela l’a menée à défendre une totale autonomie du mouvement féministe par rapport aux autres mouvements. Or cela me semble faux, théoriquement, tant le genre, la classe et la race sont entrelacés : ils se produisent et se reproduisent mutuellement. Faux et grave, stratégiquement. Je doute qu’aucun mouvement n’ait le pouvoir de renverser le capitalisme ou le patriarcat à lui tout seul et de mettre en place une autre organisation sociale sans poser centralement la question de la production et de la reproduction, la question du genre comme de la classe et de la race.

Vous faites une lecture critique de ce que vous nommez « la stratégie intersectionnelle », c’est-à-dire de certaines appropriations du concept d’intersectionnalité par des milieux militants : notion de « privilèges » qui efface la question du pouvoir, individualisation de la domination au détriment d’une approche structurelle, « safe spaces »[« espaces sûrs »] peu démocratiques, recherche de pureté individuelle… C’est là un constat amer de militante ?

Cela part effectivement d’une expérience militante. Le bilan me semblait nécessaire. Non pas que j’en garde une amertume particulière, mais plutôt parce que nous assistons à une renaissance du féminisme. Nous ne devons pas avoir peur de tirer les bilans de nos erreurs passées pour pouvoir construire un mouvement féministe qui soit le plus victorieux possible. Je suis moi-même entrée dans ces logiques, à une époque : il ne s’agit pas tant d’une critique que d’une forme d’autocritique. J’ai d’ailleurs l’impression que je ne suis pas la seule à dresser ce bilan : en réalité, nous sommes de plus en plus nombreuses et nombreux à le faire. Le nombre de collectifs féministes qui ont explosé — c’est par exemple le cas de mon ancien collectif — et de personnes qui ont arrêté de militer suite à ces phénomènes a poussé à une réflexion collective d’importance et à une profonde remise en question de ces pratiques.


D’aucuns estiment que l’intersectionnalité est un cadre théorique, et non une stratégie. L’objet de votre critique semble parfois osciller entre ce cadre théorique et son appropriation stratégique…

Dans la lignée des élaborations du Black feminism, l’intersectionnalité est conceptualisée par la juriste américaine noire Kimberlé Crenshaw dans deux articles fondateurs de 1989 et 1991. Si elle développe tout un ensemble de réflexions, on peut dire que le noyau central de son propos est de montrer qu’il est impossible d’isoler un rapport social de domination des autres (notamment ceux de genre, classe, race) : ils sont articulés entre eux et se reconfigurent mutuellement. Le terme connaît un tel succès, tant théorique que militant, qu’il est en partie approprié par la sociologie du genre, notamment, et sert alors à désigner avant tout une méthode — celle du croisement des dominations sociales. Je suis donc d’accord sur le fait que l’intersectionnalité est d’abord et avant tout une théorie. Cela n’a pas empêché certaines appropriations militantes, qu’il faut distinguer de l’intersectionnalité originelle — ce que j’essaie de faire dans mon ouvrage, peut-être avec plus ou moins de succès. Je montre qu’il s’agit d’une déformation à une échelle individuelle ou interindividuelle de l’analyse matérialiste, et parfois marxiste, du Black feminism originel. Je précise systématiquement quand j’en ai l’occasion que j’ai nommée cette stratégie « intersectionnelle » faute de meilleurs mots pour la caractériser… Dans un contexte où le gouvernement vise à diaboliser l’intersectionnalité et à censurer la production théorique et militante sur le sujet, je suis bien sûr pour revendiquer le terme ! Mais cela ne doit pas empêcher pour autant d’avoir un regard critique sur certaines de ses appropriations militantes.

« Donner la parole aux concerné·es » est un mot d’ordre désormais répandu. Vous regrettez qu’un glissement puisse parfois s’opérer : quand on passe « d’une théorie des points de vue situés […] à une théorie du privilège épistémologiqueabsolu des dominé·es sur leur domination », c’est-à-dire quand « toute personne, si elle est opprimée, détient la vérité incontestable de son oppression, donc la clé de sa libération. » Mais quel serait le « bon » équilibre, alors ?

« Il faut mettre l’accent sur le fait que seule une infime partie de la population n’est dominée d’aucune façon — c’est elle qui possède le pouvoir politique et économique de déterminer les vies de toutes et tous les autres. »

Là aussi, il s’agit d’une déformation de la théorisation originelle. On passe de l’idée tout à fait marxiste que la position sociale détermine notre façon d’appréhender le monde (et qu’il est donc intéressant, pour analyser la domination, de repartir de l’expérience de celles et ceux qui la vivent — et que cela peut, politiquement, nécessiter des moments et des organisations en non-mixité) à l’idée que seul·es celles et ceux qui vivent la domination ont le droit d’en parler. Et qu’ils doivent s’organiser politiquement de façon absolument autonome de celles et ceux qui ne la vivent pas. Lorsqu’on adopte une perspective intersectionnelle, justement, on voit que c’est difficile à tenir : cela a pour effet d’atomiser les luttes et d’empêcher toute convergence. A contrario, je pense qu’il faut mettre l’accent sur le fait que seule une infime partie de la population n’est dominée d’aucune façon — c’est elle qui possède le pouvoir politique et économique de déterminer les vies de toutes et tous les autres. Même si, actuellement, nous ne vivons pas les mêmes types de domination, même si, ponctuellement, nos intérêts peuvent diverger, nous avons un intérêt matériel supérieur à nous unir pour renverser les structures de la société et mettre en place une autre façon de vivre, de produire, de reproduire et de faire de la politique.

Au vu de l’héritage théorique et politique dans lequel vous vous inscrivez, de quel œil voyez-vous le phénomène de réhabilitation des sorcières dans le féminisme occidental — avec la part « ésotérique » qu’il charrie parfois ?

La spécificité de la figure de la sorcière, c’est qu’elle est particulièrement plastique. Elle peut être revendiquée comme un symbole féministe large : la chasse aux sorcières est un exemple historique de féminicide de masse. Ou être appropriée par différents courants au sein même du féminisme, qui en feront à chaque fois une lecture différente. C’est le propre des symboles. La sorcière a pu être convoquée par des black blocs féministes, nommés « Witch Blocs », pendant la mobilisation contre la loi Travail. C’est le noir qui y est associé, et sa connotation féministe, qui ont rendu possible cette appropriation. Théoriquement, c’est une figure que convoque aussi bien Silvia Federici dans une lecture matérialiste de l’avènement du capitalisme comme accumulation primitive du corps des femmes dans Caliban et la sorcière, que Starhawk, qui revendique sa part d’ésotérisme. Je pense donc que les significations de la sorcière ne sont pas figées et que c’est un symbole puissant et mobilisateur qu’il ne faut pas hésiter à convoquer.

Vous faites partie du Collectif féministes révolutionnaires, créé, justement, dans l’élan de la mobilisation contre la loi Travail…

On a voulu faire un espace qui soit à la fois féministe et marxiste. Un lieu de formations, de débats, de luttes. Un espace bienveillant où chacun·e puisse à la fois se former collectivement, exprimer des désaccords et militer. Bien sûr, le fait de se définir comme « révolutionnaires » crée de fait une délimitation avec l’ensemble du mouvement féministe. L’idée n’était pas forcément de faire le collectif le plus large possible mais plutôt de défendre au sein du mouvement féministe une certaine politique et une certaine stratégie. Pour mobiliser, il nous semble plus approprié de développer l’auto-organisation à une échelle locale et nationale : via des comités de quartiers et sur les lieux de travail, par exemple, comme au moment du MLAC dans les années 1970. Notre but est d’intervenir conjointement dans le mouvement féministe et dans le mouvement social au sens large, c’est-à-dire aussi bien dans les mobilisations nationales qu’auprès du mouvement antiraciste ou du mouvement ouvrier — en défendant à chaque fois la convergence des luttes. Nous militons activement au sein de la nouvelle vague du féminisme : nous avons par exemple participé à des assemblées générales MeToo en 2017 et nous poussons à la création de comités locaux pour la préparation de la grève féministe pour le 8 mars. Nous soutenons également les différents mouvements sociaux et y mettons en avant les mots d’ordre et les revendications féministes. Lors de la mobilisation des cheminot·es contre la casse de leur statut, par exemple, nous sommes intervenu·es en soutien au technicentre du Landy à Saint-Denis ; en retour, ils et elles sont venu·es manifester avec nous à la Marche des fiertés qui a suivi. Plus récemment, nous soutenons la grève des femmes de chambre de l’hôtel Ibis-Batignolles, dont nous parlions, en lutte depuis plus d’un an.

Mais, au fait : si le féminisme n’est pas un bloc unifié, comme vous l’avez montré, pourquoi avoir intitulé votre ouvrage… La Révolution féministe ?

J’utilise le terme de « révolution féministe » de la même façon que je parle de « mouvement féministe » au singulier — tout en sachant très bien qu’il est traversé par des courants opposés, qu’il existe une diversité de féminismes et que l’étiquette « féministe » peut être appropriée pour défendre des choses qui n’ont pas beaucoup à voir avec le féminisme ! Parfois, il est bon d’avoir des termes plus abstraits, donc au singulier, qui permettent d’englober un ensemble d’espaces différents. Le mouvement féministe est, à l’image du mouvement ouvrier, un terme qui permet de ressaisir l’ensemble de l’espace social féministe, en étant momentanément aveugle à sa diversité consubstantielle. La révolution féministe, c’est à la fois une période, celle qu’on est en train de vivre : la montée d’un mouvement féministe depuis plus d’un siècle, à l’échelle planétaire, qui, comme une lame de fond, une vague, menace de tout renverser sur son passage. Et c’est aussi une promesse. Celle qu’à un moment, une révolution féministe adviendra. Mais j’espère avoir été suffisamment claire sur le fait que, dans ma conception, si aucune révolution ne peut advenir si elle n’est pas féministe, inversement, aucune révolution ne sera féministe si elle ne renverse pas le capitalisme, le système des classes sociales et l’organisation raciste de la société. Si elle ne met pas en place, également, une réorganisation de la production et de la reproduction

REBONDS

Lire notre abécédaire de Clara Zetkin, septembre 2020
Lire notre article « Checker les privilèges ou renverser l’ordre ? », Kaoutar Harchi, juin 2020
Lire notre entretien avec Silvia Frederici : « Le féminisme d’État est au service du développement capitaliste », avril 2020
Lire notre entretien avec Maud Simonet : « Travail gratuit ou exploitation ? », février 2019
Lire notre entretien avec Emma: « Faire péter le patriarcat en même temps que le capitalisme », avril 2018



E. Todd regarde l’avenir avec les lunettes du passé

Quelques notes sur le livre d’E. Todd : « Les luttes de classe en France au XXIème siècle » (éditions seuil, janvier 2020).Todd ne manque pas d’air, il reprend, et ce n’est pas un hasard, le titre d’un fameux livre de Karl Marx : « La guerre civile en France » (au 19ème siècle). Le livre traite avec justesse des luttes de classe en France, et notamment celle des Communards de 1871 qui prirent le pouvoir contre la bourgeoisie, ouvrant ainsi une nouvelle page sur l’avenir. Cette année nous célèbrerons le 150ème de la Commune de Paris !

E. Todd regarde l’avenir avec les lunettes du passé

Une lecture plaisante, Todd sait nous amuser, nous interroger, nous provoquer et nous instruire…

En positif des données, des chiffres, des courbes, des « stat », ce démographe et historien a voulu nous convaincre. Du point de vue des idées, il nous confirme sur certaines évolutions de la société française : appauvrissement lent mais assuré de nombreuses couches de la Sté au profit d’une mince couche sociale (de 1 à 10%) ; une désindustrialisation entraînant une baisse importante du nombre d’ouvriers industriels ; un nombre croissant d’employés de plus en plus précarisé (de ça il en parle beaucoup moins) ; des « couches intermédiaires » (centre de ces interrogations) qui s’atomisent déstabilisées sur leur avenir et celui de leurs enfants ; une société qui « s’effondre », ne sait plus où elle en est,… Des gvts qui jouent la « comédie » démocratique tout en se droitisant… tout cela nous pouvons tous le constater. La cause c’est « l’euro qui plombe la nation au profit de l’Allemagne. C’est le point de vue, très « patriote », sous lequel il analyse tous ces phénomènes.

Enfin il voit le monde en évolution, en changement permanent et il en tire différentes hypothèses qui nous intéressent fortement.

Jamais il ne parlera d’impérialisme français

E. Todd parle des monopoles de toutes Nations qui dominent l’Europe, et déterminent son orientation politique, très juste. Toutefois, il ne parle jamais des États (en tant qu’appareil) qui ont fusionnés avec les grands groupes financiers et industriels qui dominent réellement tous les Etats. Todd invente des classes (ou des regroupements de classe) en fonction de critères intellectuelles et moraux sans jamais tenir compte des conditions matérielles et économiques qui sont, qu’on le veuille ou non, les fondements de nos sociétés. Plus même, pour l’auteur ce sont les idées qui déterminent le monde — d’où une place importante faite aux intellos des grandes écoles (ENA, ENS, Polytechnique,…)

Todd abuse de ses références à Marx dont il ne reprend que le « trait vif et humoristique » pour tracer une égalité entre Napoléon III et Macron — qu’il déteste.

E. Todd défend les institutions de la 5ème République et apparaît de fait comme un gaulliste « sociale et patriote ».

L’analyse des résultats électoraux et des consciences

Ses chiffres et analyses partent et s’appuient toujours sur les résultats électoraux sans jamais vraiment tenir compte des abstentionnistes, des votes blancs ou nuls et des non-inscrits qui constituent entre 60 et 80% des adultes en âge de voter. Alors toutes les analyses qu’ils tirent de ces chiffres électoraux sont nécessairement partielles, partiales et donc faussées.

Comment peut-on, par exemple, toujours prétendre que les ouvriers ont pour Parti le Rassemblement National (RN) et non l’abstention ? Que ceux qui votent ont des votes fluctuants mais toujours pour dire non aux dominants, même quand ils votent pour leur pire ennemi (le RN). Comment ne pas voir que la base sociale du RN c’est la base traditionnelle des Partis ultra-réac, les « petits », en tout genre, mais principalement les commerçants, artisans et paysans – qui sont en voie de disparition comme le dit Todd lui-même – et aujourd’hui les petits industriels et de petits cadres. « Petits » en disparition rapide ce qui affaiblit le RN, l’obligeant à aller vers les vieux et les petits industriels, en butte à la mondialisation. RN qui d’année en année s‘affaiblit comme le montre encore une élection forte comme celle des municipales —- où le RN régresse en nombre de voix et en pourcentage…

Cette vérité étant dite, il ne s’agit pas de nier le danger de l’ultradroite et fasciste, promue et implanté par la bourgeoise « nationale » dans de plus en plus de pays aujourd’hui, parfois avec quelques succès (Trump, Bolsonaro, Urban, Salvini…). Mais un danger fasciste concret et massif n’existe actuellement pas en France. Le point de vue de Todd exprime plutôt son incompréhension et ses préjugés vis-à-vis des couches populaires.

La solution par l’éducation et les « élites » ?

L’auteur dissocie toujours (inconsciemment ?) « L’économie française » du contexte international. Mieux, il voit l’économie comme une réalité particulière non liée aux classes sociales et à leurs luttes.

Se réclamer (petitement) de Marx et parler d’une tendance humaine universelle à « avancer » qui n’est pas déterminée, fondamentalement par l’économie, pourrait surprendre K. Marx.

Il conclura d’ailleurs sa première partie de réflexion : « Le développement social de l’intelligence », par ces quelques mots (p84): « J’ai mis en évidence la primauté de l’éducation dans le développement de l’humanité. Elle définit l’axe de l’histoire. Plus que les guerres ou les révolutions, sociales ou économiques, elle est l’histoire » [souligné par nous] — on est loin de l’idée marxiste comme quoi l’histoire c’est l’histoire de la lutte de classe.

Mais ne se contredit il pas à propos de « l’intégration » ou non des immigrants ? il dira (p106) : « la principale cause du début de recommunautarisation auquel on a pu assister…. Me semble d’ordre économique. Elle représente l’un de ces cas de rétroaction de la strate consciente de la vie sociale sur les strates plus profondes, de l’économie sur l’anthropologie… »

A côté de cela il note des choses forts justes (mais infiniment répétées et unilatéral en fait) : « le monde ouvrier ne joue plus de rôle directeur, même inconscient, dans la vie politique française » (p113). Et son analyse des classes sociales en France ne manque pas d’intérêts (P119 à 125)

Il note également (p120) : « une intrication entre les grands corps de l’État d’une part, la haute finance et les grandes entreprises de l’autre…. ». Enfin un constat réaliste que Lénine avait déjà appelé : le capital monopoliste d’État. Il le redécouvre (si l’on peut dire), toutefois il ne le mettra pas vraiment en valeur et ne s’en servira pas dans son analyse de classe.

Pour l’auteur tout commence  avec Maastricht, c’est « le péché originel….  l’entrée dans l’euro a permis la fin de la démocratie représentative en France » (P167). Tous les évènements chiffrés que l’auteur nous donne, vont être vu par cette fenêtre d’analyse. 

Un culte de sa « classe », ainsi il écrit (en p185) à propos des Gilets Jaunes (qu’il dit avoir soutenu) : « je ne crois pas à la possibilité de la démocratie directe. Une démocratie sans représentants et plus généralement une démocratie sans élites, ne peut mener qu’à l’anarchie ou au totalitarisme ».

La solution par le nationalisme et le chauvinisme ?

La conclusion du livre ne manque pas d’intérêt et de piquant. Après avoir donné quantité de chiffres et de références objectives forts utiles à sa démonstration, il va se déclarer pro-américain et anti-Allemand. Ainsi il « comprend de Gaulle », car « dans un pays [la France, selon lui] qui a perdu son indépendance, la reconquête de l’indépendance est la priorité absolue. Tout autre programme est une escroquerie » (p358). Et il développe son programme très gaulliste pourrait-on dire : « Un seul pays peut permettre à la France d’échapper à l’euro… c’est celui qui ne veut pas d’un système impérial européen dominé par l’Allemagne : les Etats-Unis. Le salut de la France passe par l’aide des Américains » (p359). Et enfin il en appel à un « sursaut moral collectif… condition d’une restructuration politique, ce qui permettrait de susciter les dévouements individuels et de bâtir une action collective structurée. Pour se sacrifier à une cause il faut avoir la foi, et la seule foi envisageable aujourd’hui est l’Amour de la patrie. » (p 365 et 66). Pas très nouveau comme perspective ! Compte-t-il qu’un haut fonctionnaire nord-américain bien placé propose à Trump de recevoir ce « grand intellectuel français » ?

On a envie de rire (à moins qu’il faille en pleurer) d’une pareille conclusion : alors comme en 14 et en 39 reprenons le fusil pour chasser l’ennemi traditionnel de la « grande France » : l’Allemagne.

Todd enclenche la marche arrière : un soutien à notre impérialisme « moins méchant ?» comme solution. Erreur, et même très dangereuse, dans une période où nationalisme et chauvinisme s’appuyant sur la concurrence exacerbée inter-impérialiste d‘un système en crise.

« La lutte des classes en France  au 21ème siècle», après tant de chauvinisme, de colonialisme de notre pays impérialiste ne doit-elle pas être tournée vers le socialisme révolutionnaire ? Vers la Commune universelle ?

Un lecteur

Non à la militarisation de la jeunesse, Non au SNU

Non au Service national universel !

Sarah El Haïry, Secrétaire d’État auprès du ministre de l’Éducation nationale et des Sports, chargée de la Jeunesse et de l’Engagement, vient de réaffirmer que le Service national universel (SNU) serait obligatoire en 2026, pour 800 000 jeunes de 16 ans.

A la question d’un rédacteur du journal Le Parisien: « Face à des lycéens, en octobre, vous avez chanté « la Marseillaise »… seule, après vous être accrochée avec eux au sujet de la laïcité. Est-ce à coups de drapeau tricolore qu’on fabrique des citoyens ? » 

Sarah El Haïry a répondu : « Je considère que chanter « la Marseillaise » et donner du respect au drapeau font partie d’un moment d’unité citoyenne. Donc si, au cours du séjour, un jeune refuse de chanter « la Marseillaise », d’assister au lever des couleurs, ou de porter l’uniforme, il devra quand même s’y conformer ». 

La propagande pour le recrutement a repris, dans la presse écrite, à la radio, à la télévision, sur le web, dans les établissements scolaires et dans les préfectures. Le gouvernement veut 25 000 volontaires en 2021.

Depuis un an, dans les conditions sanitaires et sociales que nous connaissons, les jeunes n’ont pas manqué de « s’engager » : à travers les opérations de solidarité organisées dans de nombreux quartiers et villages, par l’exercice de leurs métiers socialement utiles, ou encore en manifestant contre le reculs des droits individuels et collectifs ou pour défendre notre environnement. Ils et elles n’ont pas attendu les injonctions de l’Etat pour le faire. Au contraire, il s’agissait de répondre aux carences gouvernementales. Pour leur engagement social, nombre de ces jeunes ont même été réprimé·es, poursuivi·es, sanctionné·es.

Le Service national universel, c’est :

– Une opération de soumission de la jeunesse

– La remise en cause des droits des travailleurs et travailleuses

– Des dépenses considérables

– Le renforcement de la militarisation

La « cohésion sociale » vantée par les promoteurs du SNU est une dangereuse fumisterie dans le cadre d’un système qui repose sur l’exploitation de la majorité de la population par une minorité, le sexisme, le racisme ou le militarisme.La cohésion sociale n’est envisageable que dans le cadre d’une société reposant sur les valeurs de la démocratie et de la solidarité, la culture de la paix.

Le 19 janvier 2021

Non au SNU ! Abrogation du SNU !

Campagne unitaire contre le SNU : Union pacifiste, Union syndicale Solidaires, ASSO-Solidaires, Solidaires Lycéen·nes région parisienne, Fédération Solidaires Étudiant·e·s, Fédération SUD éducation, SUNDEP Solidaires Sud Enseignement privé, Solidaires Jeunesse et Sports, Fédération SUD Collectivités territoriales, Fédération Éducation de la Confédération Nationale du Travail, CNT Santé, Éducation, Social et Territoriale de Lorraine, Fédération éducation/recherche de la CNT-SO, Émancipation tendance intersyndicale, Les Jeunesses Syndicalistes, Mouvement National Lycéen, Fédération Indépendante et Démocratique Lycéenne, Fédération nationale de la Libre Pensée, Droits Devant !!, Ni guerres ni état de guerre, Causes communes, Anciens Appelés en Algérie et leurs Ami(e)s Contre la Guerre, Réseau des Centres de Recherche, d’Etude et de Formation à l’Animation et au Développement, Mouvement de la paix, ATTAC-France, Stop Fuelling War, Abolition des Armes Nucléaires – Maison de Vigilance, Mouvement de l’Objection de Conscience (MOC – Nancy), Parti Communiste des Ouvriers de France, Europe Écologie – Les Verts, Fédération Anarchiste, Union Communiste Libertaire, L’insurgé, Les Jeunes écologistes, Union des Jeunes Révolutionnaires, Union Prolétarienne ML, Unité Communiste de Lyon, Groupe libertaire Jules Durand, Mouvement Résilience, Radio-Libertaire, Revue Silence, Arc en ciel théâtre réseau coopératif. Collectifs locaux unitaires Non au SNU Nantes, Lyon, Bordeaux, Angoulême, Nancy, Chambéry…

Pour rejoindre le collectif : nonsnu@lists.riseup.net

Le Café Militant rouvre ses portes le dimanche 31 à 16h

Hello vous, « les 66 millions de procureurs » !

Vous avez déçu Macron ! C’est vous et votre défiance, le « problème de la France » !

Traquons ensemble – non pas les « erreurs », mais la LOGIQUE de la politique du gouvernement face aux divers crises.

Débattons au Café militant :

« Attaques sur nos droits démocratiques, sur nos emplois, sur notre santé physique et psychologique, sur l’environnement

Quelle aurait été la réponse de la Commune de 1871 face à la misère et à l’oppression ? » (une façon de parler du 150ème anniversaire!)

Dimanche 31 janvier à 16 heures.

Obligés de se rencontrer par visioconférence (Jitsi-meet), signalez-vous à notre adresse mail, si vous êtes intéressés : contact-upml@riseup.net ou au Kafé Militant : cafemilitant@gmail.com

On vous enverra le code d’entrée pour dimanche.

Bonne semaine à tous les « procureurs » !

Le plan de relance du gouvernement Macron

dans l’intérêt général ??

Le Café militant (Facebook : Kafe Militant), co-organisé par l’UPML et les Amis de l’ICOR en région parisienne a discuté en octobre du plan de relance du gouvernement. L’article suivant est un extrait de l’introduction au sujet :

Du plan de relance du gouvernement Macron dans l’intérêt général ??

Dans une situation où l’économie, le PIB (l’ ensemble des richesses produites) recule de 8 % en France et la production de 30 %, le plan de relance du gouvernement prévoit 30 milliards d’euros pour la transition écologique, 35 milliards pour la compétitivité et l’innovation, 35 milliards pour la cohésion sociale et territoriale.

Ce plan de relance – ce sont des subventions (cadeaux) ou allègements d’impôts surtout pour les grands groupes. Des 100 milliards d’euros, 10 financent la baisse des fameux impôts de production. Les entreprises capitalistes paieront donc encore moins d’impôts qu’avant!! Est-ce pour investir et créer des emplois ?? Dès le printemps, la zone euro avait transféré plus de mille milliards d’euros aux banques et 500 milliards d’euros pour sauver des entreprises de l’Union européenne (UE).

La philosophie et le discours du gouvernement sont: quand tout va bien pour les entreprises, donc c’est pour l’intérêt général, donc pour nous tous. Qu’en est-il réellement pour les couches populaires ?

« J’espère que le plan de relance en 2021 créera 160 000 emplois. C’est notre objectif », a déclaré le premier ministre Jean Castex.

En attendant, TOUS LES JOURS, des plans de licenciements, des fermetures d’entreprises et des faillites sont annoncés: Renault, Airfrance, TUI, Airbus, Bridgestone, Lacotère, Nokia, général électrique, Engie, Auchan… On évalue à 800 000 le nombre de destructions d’emplois d’ici à la fin de 2020. 5,8 millions de chômeurs est le chiffre officiel des catégories ABC cet été . Chaque chiffre est une vie, une famille, du malheur.

Plan de relance et emplois

Regardons Bridgestone : 2 ministres du gouvernement s’y sont déplacées pour interpeller « L’État appelle le groupe Bridgestone à prendre ses responsabilités … » la réponse des patrons est glaciale et d’un mépris total pour les 863 salariés menacés de perdre leur emploi, et le gouvernement, se voit humilié. Sauf  que la loi Travail a mis fin à l’autorisation administrative de licenciement et les divers gouvernements n’ont eu de cesse de réduire les quelques restrictions faites aux entreprises qui licencient.

A quoi servent les subventions ?

Les capitalistes investissent et créent des emplois pour faire le profit maximal par l’EXPLOITATION de la force du travail. L’argent de l’Etat aux entreprises va pour leur compétitivité sur le marché mondial. Et la concurrence entre les impérialistes est rude. Il faut restructurer, fusionner et rationaliser – les subventions vont servir à principalement DÉTRUIRE des emplois pour robotiser, à renforcer l’exploitation par la flexibilisation et la précarisation du travail.

Depuis 2018 se développe une des crises répétitives du capitalisme (comme en 2008) de suraccumulation du capital (amplifié par le corona). Les capitalistes ne peuvent plus vendre leurs trop de produits (voitures, etc), alors c’est l’heure de la destruction du capital qui ne leur sert plus à rien – donc aussi destruction du capital humain.

Attention à l’enfumage !

Le discours autour du plan de relance c’est de l’enfumage ! Le gouvernement ne changera pas les lois universelles du capitalisme dont il est le serviteur.

Fabien Roussel, chef du P « C »F déplore que l’on favorise les entreprises et leur production – et regrette des « oublis » dans la plan. Les partis sociaux-démocrates jusqu’à Martinez de la CGT exigent des « contreparties »aux subventions. Comme quoi ? Accompagner les chômeurs doucement dans leur queue d’attente à pôle emploi ?! Les illusions des partis réformistes jusqu’au P «C»F sont de la collaboration de classe !

Pas d’emplois dans les services publics

Le gouvernement ne crée pas d’emplois non plus dans les services publiques où la privatisation continuent, soit destruction d’emploi et précarisation. Dans les hôpitaux créer des postes serait urgent ! Voir la deuxième vague de la crise sanitaire ! Il n’en est rien ! A quelques exceptions près : juges + 1500 postes, police : + 1300 postes, mais seulement 700 pour les enseignants – avec un nombre d’élèves en augmentation.

Une attaque par les grands groupes internationaux

Sur les 100 milliards d’euros, 40 milliards seraient pris en charge par l’Union européenne, mais pas automatiquement. La condition  est de mettre en place la retraite à points, de démanteler l’assurance chômage qui restreint les conditions d’accès aux indemnités et qui les baisse. D’autres « réformes structurelles » vont suivre.

Le plan de relance est une attaque globale, brutale et renforcée des monopoles internationaux sur les travailleurs, attaque concerté des gouvernements Européens. Il augmentera le chômage et la misère !

Et les salaires et allocations ?

Les « experts » dans les médias nous disent que la population aurait une épargne de 100 milliards d’euros, pas la peine d’augmenter les salaires et allocations. La belle statistique !

La rémunération annuelle du PDG de Bridgestone, Masaaki Tsuya, est d’un million de dollars par an. La rémunération annuelle du PDG de General Electric, Lawrence Culp, dont le groupe licencie depuis l’année dernière des centaines de salariés du site de Belfort : 2,5 millions de dollars par an. Mais 9,3 millions de personnes en France vivant avec moins de 1 063 euros par mois – le niveau du seuil de pauvreté selon l’Insee – , qui correspond à 60% du revenu médian de 2018. Mais rien dans le plan de relance sur les salaires et allocations – et que des miettes ni pour le personnel hospitalier, les « premières de corvée » si appréciées et décorées après la vague catastrophique d’infections du covid.

Défendre les intérêts des ouvriers et employés, de la large majorité!

Ce n’est possible que par une large lutte politique et syndicale, en unifiant les revendications et en unifiant nos luttes, en liant les questions économiques aux questions politiques.

Un « programme d’urgence »sera bientôt publié sur notre blog.

Mais se battre sans fin contre un système à bout de souffle et désastreux ? Courage ! Osons discuter et nous organiser pour une société alternative dans l’intérêt général, socialiste, collective et de démocratie directe. La Commune de Paris, il y a 150 ans, en a été un exemple très précieux d’enseignements pour notre avenir. Son anniversaire en 2021 sera l’occasion de les mettre en lumière.

Apprendre du passé pour construire l’avenir !

« Les luttes de classe en France au XXIème siècle » : quelques notes sur le livre d’E. Todd


Les luttes de classe en France au XXIème siècle » (éditions seuil, janvier 2020)

E Todd regarde l’avenir avec les lunettes du passé

Une lecture plaisante, Todd sait nous amuser, nous interroger, nous provoquer et nous instruire…

En positif des données, des chiffres, des courbes, des « statistiques », ce démographe et historien a voulu nous convaincre. Du point de vue des idées, il nous confirme sur certaines évolutions de la société française : appauvrissement lent mais assuré de nombreuses couches de la société au profit d’une mince couche sociale (de 1 à 10%) ; une désindustrialisation entraînant une baisse importante du nombre d’ouvriers industriels ; un nombre croissant d’employés de plus en plus précarisés (de ça il en parle beaucoup moins) ; des « couches intermédiaires » (centre de ces interrogations) qui s’atomisent déstabilisées sur leur avenir et celui de leurs enfants ; une société qui « s’effondre », ne sait plus où elle en est… Des gouvernements qui jouent la « comédie » démocratique tout en se droitisant… Tout cela nous pouvons tous le constater. La cause c’est « l’euro qui plombe la nation au profit de l’Allemagne. C’est le point de vue, très « patriote », sous lequel il analyse tous ces phénomènes.

Enfin il voit le monde en évolution, en changement permanent et il en tire différentes hypothèses qui nous intéressent fortement.

Jamais il ne parlera d’impérialisme français

E. Todd parle des monopoles de toutes Nations qui dominent l’Europe, et déterminent son orientation politique, très juste. Toutefois, il ne parle jamais des États (en tant qu’appareil) qui ont fusionné avec les grands groupes financiers et industriels qui dominent réellement tous les États. Todd invente des classes (ou des regroupements de classe) en fonction de critères intello et moraux sans jamais tenir compte des conditions matérielles et économiques qui sont, qu’on le veuille ou non, les fondements de nos sociétés. Plus même, pour l’auteur ce sont les idées qui déterminent le monde — d’où une place importante faite aux intellos des grandes écoles (ENA, ENS, Polytechnique…)

Todd abuse de ses références à Marx dont il ne reprend que le trait vif et humoristique pour tracer une égalité entre Napoléon III et Macron — qu’il déteste.

E. Todd défend les institutions de la 5ème République et apparaît de fait comme un gaulliste sociale et patriote.

L’analyse des résultats électoraux et des consciences

Ses chiffres et analyses partent et s’appuient toujours sur les résultats électoraux sans jamais vraiment tenir compte des abstentionnistes, des votes blancs ou nuls et des non-inscrits qui constituent entre 60 et 80% des adultes en âge de voter. Alors toutes les analyses qu’ils tirent de ces chiffres sont nécessairement partielles, partiales et donc faussées.

Comment peut-on, par exemple, toujours prétendre que les ouvriers sont pour Parti le Rassemblement National (RN) et non l’abstention ? Que ceux qui votent ont des votes fluctuants mais toujours pour dire non aux dominants, même quand ils votent pour leur pire ennemi (le RN). Comment ne pas voir que la base sociale du RN c’est la base traditionnelle des Partis ultra-réac, les « petits », en tout genre, mais principalement les commerçants, artisans et paysans – qui sont en voie de disparition comme le dit Todd lui-même – et aujourd’hui les petits industriels et de petits cadres poussés . « Petits » en disparition rapide ce qui affaiblit le RN, l’obligeant à aller vers les vieux et les petits industriels, en butte à la mondialisation. RN qui d’année en année s‘affaiblit comme le montre encore une élection forte celle des municipales —- où le RN régresse en nombre de voix et en pourcentage…

Cette vérité étant dite, il ne s’agit pas de nier le danger de l’ultradroite et fasciste, promue et implanté par la bourgeoise « nationale » dans de plus en plus de pays aujourd’hui, parfois avec quelques succès (Trump, Bolsonaro, Urban, Salvini…). Mais un danger fasciste concret et massif n’existe actuellement pas en France. Le point de vue de Todd exprime plutôt son incompréhension et ses préjugés vis-à-vis des couches populaires.

La solution par l’éducation et les « élites » ?

L’auteur dissocie toujours (inconsciemment ?) « L’économie française » du contexte international. Mieux, il voit l’économie comme une réalité particulière non liée aux classes sociales et à leurs luttes.

Se réclamer (petitement) de Marx et parler d’une tendance humaine universelle à « avancer » qui n’est pas déterminée, fondamentalement par l’économie, pourrait surprendre K. Marx.

Il conclura d’ailleurs sa première partie de réflexion : « Le développement social de l’intelligence », par ces quelques mots (p.84): « J’ai mis en évidence la primauté de l’éducation dans le développement de l’humanité. Elle définit l’axe de l’histoire. Plus que les guerres ou les révolutions, sociales ou économiques, elle est l’histoire » [souligné par nous] — on est loin de l’idée marxiste comme quoi l’histoire c’est l’histoire de la lutte de classe.

Mais ne se contredit-il pas à propos de « l’intégration » ou non des immigrants ? Il dira (p.106) : « la principale cause du début de recommunautarisation auquel on a pu assister…. me semble d’ordre économique. Elle représente l’un de ces cas de rétroaction de la strate consciente de la vie sociale sur les strates plus profondes, de l’économie sur l’anthropologie… »

A côté de cela il note des choses forts justes (mais infiniment répétées et unilatérales en fait) : « le monde ouvrier ne joue plus de rôle directeur, même inconscient, dans la vie politique française » (p.113). Et son analyse des classes sociales en France ne manque pas d’intérêts (p.119 à 125)

Il note également (p.120) : « une intrication entre les grands corps de l’État d’une part, la haute finance et les grandes entreprises de l’autre…. ». Enfin un constat réaliste que Lénine avait déjà appelé : le capital monopoliste d’État. Il le redécouvre (si l’on peut dire), toutefois il ne le mettra pas vraiment en valeur et ne s’en servira pas dans son analyse de classe.

Pour l’auteur tout commence avec Maastricht, c’est « le péché originel….  l’entrée dans l’euro a permis la fin de la démocratie représentative en France » (p.167). Tous les évènements chiffrés que l’auteur nous donne, vont être vu par cette fenêtre d’analyse.

Un culte de sa « classe », ainsi il écrit (en p.185) à propos des Gilets Jaunes (qu’il dit avoir soutenu) : « je ne crois pas à la possibilité de la démocratie directe. Une démocratie sans représentants et plus généralement une démocratie sans élites, ne peut mener qu’à l’anarchie ou au totalitarisme.

La solution par le nationalisme et le chauvinisme ?

La conclusion du livre ne manque pas d’intérêt et de piquant. Après avoir donné quantité de chiffres et de références objectives forts utiles à sa démonstration, il va se déclarer pro-américain et anti-Allemand. Ainsi il « comprend de Gaulle », car « dans un pays qui a perdu son indépendance, la reconquête de l’indépendance est la priorité absolue. Tout autre programme est une escroquerie » (p.358). Et il développe son programme très gaulliste pourrait-on dire : « Un seul pays peut permettre à la France d’échapper à l’euro… c’est celui qui ne veut pas d’un système impérial européen dominé par l’Allemagne : les États-Unis. Le salut de la France passe par l’aide des Américains » (p.359). Et enfin, il en appelle à un « sursaut moral collectif… condition d’une restructuration politique, ce qui permettrait de susciter les dévouements individuels et de bâtir une action collective structurée. Pour se sacrifier à une cause il faut avoir la foi, et la seule foi envisageable aujourd’hui est l’Amour de la patrie. » (p.365 et 66). Pas très nouveau comme perspective ! Compte-t-il qu’un haut fonctionnaire nord-américain bien placé propose à Trump de recevoir ce « grand intellectuel français » ?

On a envie de rire (à moins qu’il faille pleurer) d’une pareille conclusion : alors comme en 14 et en 39 reprenons le fusil pour chasser l’ennemi traditionnel de la « grande France » : l’Allemagne.

Todd enclenche la marche-arrière : un soutien à notre impérialisme « moins méchant ?» comme solution. Erreur et même dangereux dans une période où nationalisme et chauvinisme montent dans une période de concurrence inter-impérialiste exacerbée d‘un système en crise.

« La lutte des classes en France  au 21ème siècle» après tant de chauvinisme, de colonialisme de notre pays impérialiste ne doit-elle pas être tournée vers le socialisme révolutionnaire ?

Un militant 

Municipales 2020 : Une abstention record démontre une crise institutionnelle qui s’approfondit

Au deuxième tour des municipales – les élections « préférées » en France avec en général le plus de participation – le taux d‘abstention atteint presque 60 %, un record historique ! L’abstention augmente de trois points par rapport au premier tour, qui s’est tenu en pleine crise du corona virus, juste avant le décret de confinement du gouvernement. Au second tour des municipales 2014, plus de 60 % des électeurs s’étaient déplacés pour voter.

Ce taux d’abstention de presque 60 % montre la méfiance voire le rejet des institutions et surtout des partis politiques bourgeois. Dans certaines villes, le taux d’abstention atteint même 70 % (Saint-Denis, 93) voire 90 % (Vénissieux) ! Interviewés, les habitants se disent « oubliés » et dénoncent le spectacle des élections bourgeoises qui ne changerait pas leur vie dégradée.

Les résultats sont aussi une grosse claque au gouvernement Macron/LREM. Il n’a pu conquérir aucune grande ville, mais recule de manière sensible un peut partout. « Rayé de la carte » disent certains commentateurs.

Europe-Ecologie/LesVerts seraient les gagnants de ces élections, avec souvent 15 ou 20 % des électeurs inscrits, pas de quoi se vanter !Ils se trouvent à la tête d’une dizaine de grandes villes et participeront à la gestion d’autres villes dans des alliances de gauche, mais sur justement le niveau de participation faible. Leur succès relatif montre les préoccupations des électeurs concernant la destruction massive de l ‘environnement naturel, mais aussi des illusions d’une partie de l’électorat dans un « capitalisme vert ».

Le Rassemblement national (ex FN) se réjouit de la conquête de la mairie de Perpignan, mais dans l’ensemble du pays, il dégringole ! En 2014, le RN avait comptabilisé 1 438 sièges dans 463 communes. Six ans plus tard, ils n’obtiennent que 840 sièges dans 258 communes. L’abstention à Perpignan a été de 53 % (soit 25 % des inscrits !). Sans compter qu’un tiers des potentiels électeurs ne sont pas inscrits et que les personnes n’ayant pas la nationalité française sont d’avance exclus du droit de vote. On arriverait donc à environ 15 % de voix pour le RN.

Les causes de ce désastre pour les institutions bourgeoises sont à chercher dans les multiples crises qui marquent la société capitaliste, crises économiques et sociales, incapacité à faire face à une crise sanitaire. Cela confirme notre analyse : une opposition croissante avec un courant gauche et anti-capitaliste qui va en se renforçant. C’est le résultat de la montée des luttes de ces dernières années contre divers aspects de la politique gouvernementale – loi travail, inégalités sociales et restriction de la démocratie, retraites, privatisation des services publics, contre le racisme d’État… – Ce qui exprime la volonté de se battre pour « une autre société ». Toutefois l’absence d’une alternative globale à la société capitaliste est un défi pour tous militants révolutionnaires qui luttent pour construire un parti véritablement communiste.

Au Café militant de l’Union Prolétarienne ML à Saint-Denis, fin juin, on a discuté de la nécessité de comprendre comment ce monde évolue et évoluera demain et de la nécessité de s’organiser pour défendre les intérêts des prolétaires. On a appelé à la solidarité avec les prolétaires en lutte et à la solidarité internationale. Une adresse de solidarité a été votée et transmis aux camarades en lutte en France et dans d’autres pays :

Saint-Denis/France, 27 juin 2020

Message de solidarité

Les participants au débat du ‘Café militant’, organisé par l’Union Prolétarienne Marxiste-Léniniste et les Amis de l’ICOR à Saint-Denis en région parisienne/France,expriment leur solidarité avec tous les travailleur.se.s menacé.e.s par la crise économique capitaliste – dans l’automobile, dans l’aéronautique, dans les services publics, dans le secteur du tourisme – en France et partout dans le monde !

Sous le prétexte de la crise du corona, les capitalistes veulent prolonger le temps de travail, précariser et flexibiliser encore plus, baisser les salaires. Cela ne préservera pas nos emplois – ils veulent encore plus nous exploiter ! Résistance !

Sous le prétexte de la crise du corona, les gouvernements un peu partout limitent encore plus nos quelques droits et libertés démocratiques et renforcent la répression par l’État pour limiter voire empêcher nos protestations. Résistance !

Nous saluons toutes les courageuses initiatives d’opposition.

Nous sommes solidaires des luttes dans les hôpitaux, chez Renault et PSA en France, chez Airfrance et Lufthansa… Soutien à la grève acharnée depuis mai dernier chez Nissan Barcelone/ Espagne où 20 000 emplois (l’usine Nissan et ses fournisseurs) sont menacés.

Nos revendications de classe contre ceux des capitalistes :

– Lutte pour chaque poste de travail !

– Création de postes par une réduction du temps de travail !

– Hausse des salaires !

– Défense de nos droits et libertés syndicaux et démocratiques ! Contre la répression par l’État !

– Pour un monde libérée d’exploitation et d’oppression !

Vive la solidarité internationale ! Prolétaires de tous les pays – unissez-vous !

Contact: contact-upml@riseup.net