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Pas de libération des femmes sans révolution socialiste

Pas de libération des femmes sans révolution socialiste

Le mouvement féministe prend une nouvelle fois de l’ampleur . La question de sa perspective est donc de taille. Dans l’article suivant, Aurore Koechlin développe une vue stratégique de la question des femmes. Elle expose de manière claire l’exploitation et l’oppression particulière de la femmes dans le cadre de la société capitaliste et lie la critique du capitalisme et du patriarcat. Karl Marx et Friedrich Engels ont jeté les bases d’une telle position par leur critique de la conception de la famille bourgeoise comme unité économique de la production et reproduction de la vie et de la main d’œuvre. Lecture conseillée !!

Manifestation de femmes en Inde

Aurore Koechlin : « Aucune révolution  féministe sans renversement des classes »

08 février 2021

Entretien inédit pour le site de Ballast

Mettre sur la table une question cruciale mais souvent négligée : la stratégie. Telle est l’ambition d’Aurore Koechlin dans son livre La Révolution féministe. S’il est évident, pour l’autrice, que le féminisme réformiste (dialoguer avec les institutions de l’État, intégrer ses administrations, bénéficier de ses financements associatifs) ne permet pas l’affranchissement plein et entier des femmes et la construction d’une société plus juste, Koechlin n’en fait pas moins état des impasses d’une autre tendance, incontournable dans le camp de l’émancipation : la « stratégie intersectionnelle ». Tout en soulignant la nécessité d’appréhender l’enchevêtrement des différentes dominations, elle conteste les effets politiques concrets produits par ce qu’elle tient pour une déformation de ce que propose, initialement et justement, l’intersectionnalité comme outil sociologique. Effets qu’elle résume ainsi : dénonciation des « privilèges » des individus plutôt que des structures du pouvoir ; désintérêt pour la construction d’un grand mouvement collectif ; focalisation élitiste sur la pureté radicale, les codes admis, le langage requis. L’ouvrage entend dès lors proposer une stratégie de nature « révolutionnaire », héritière d’un marxisme critique : la constitution d’un mouvement féministe de masse en lien avec les mouvements ouvrier et antiraciste, permettant, ensuite, la formation d’une force populaire à même de tourner la page du capitalisme, c’est-à-dire de prendre le pouvoir. Nous en discutons.

En 2019, un manifeste a appelé à un Féminisme pour les 99 %. Ça vous parle ?

Oui, énormément. Je partage avec ses autrices l’essentiel des analyses, tant théoriques que stratégiques, sur le féminisme. Elles se réclament toutes de la théorie de la reproduction sociale, elles font l’analyse qu’une nouvelle vague du féminisme est en cours et elles défendent stratégiquement que le féminisme doit à la fois se démarquer du féminisme libéral et être pensé en lien avec la lutte des classes et les luttes antiracistes. La principale différence entre nous repose sur le fait qu’elles ont choisi de mettre davantage en avant un féminisme anticapitaliste plutôt que révolutionnaire — c’est-à-dire qui souligne surtout contre quoi elles se battent. À l’inverse, il m’a semblé important de mettre en évidence que pour en finir avec la domination des femmes et des minorités de genre, une révolution est nécessaire.

Qu’entendez-vous exactement par « révolution » ?

« Pour en finir avec la domination des femmes et des minorités de genre, une révolution est nécessaire. »

Ce terme a connu un double mouvement dans les dernières années, qui l’a beaucoup galvaudé. D’un côté, il a été diabolisé : source de peur, présenté comme un moment unilatéralement violent, à l’opposé de la démocratie. De l’autre côté, il a pu être vidé de sa substance, notamment sous l’effet du marketing néolibéral (pour vendre un produit, il le présente comme « révolutionnaire »). Tout est révolution : rien n’est révolution ; le mot n’a plus de sens. Ces deux mouvements ont un même but, enterrer collectivement l’idée d’une alternative à la société actuelle. C’est pourquoi il me paraît important de se réapproprier le terme et de lui donner une autre connotation — en soulignant, par exemple, que si on a une analyse structurelle conséquente des rapports sociaux de domination, on ne peut qu’être révolutionnaire. Si, vraiment, il y a des dominations parce qu’il existe des structures qui les portent (l’État, la Justice, la police, la famille, l’école, le travail…), alors il faut les renverser et en penser de nouvelles pour mettre fin aux dominations.

L’histoire des féminismes est souvent présentée par différentes « vagues ». Mais cette historiographie a pu être contestée. En quoi cette métaphore vous paraît-elle pertinente ?

Je comprends parfaitement que cette historiographie, simplificatrice, soit contestée par des historien·nes qui montrent que l’histoire du féminisme est plus complexe qu’une question de séquençage en vagues. Ou par des militant·es, qui rappellent que cette histoire est centrée sur les pays occidentaux et fait fi de l’histoire des luttes féministes hors de ce contexte. Je partage ces critiques. Néanmoins, la notion de vagues me semble apporter deux choses. D’une part, sa simplification même permet une facile appropriation. L’histoire des féminismes est peu connue, en grande partie parce qu’elle a été volontairement invisibilisée et oubliée. Je fais partie d’une génération qui a dû grandir en redécouvrant ce qu’avaient accompli les générations féministes antérieures, au prix d’un long apprentissage parfois difficile. Les choses sont en train d’évoluer avec un dynamisme certain du côté de l’histoire du féminisme, comme en témoigne par exemple la publication du récent ouvrage Ne nous libérez pas, on s’en charge — Une histoire des féminismes de 1789 à nos jours, de Bibia Pavard, Florence Rochefort et Michelle Zancarini-Fournel.

Il me semblait utile de livrer un premier repère historique en trois vagues, qui permet de fixer simplement de grandes périodes. L’autre apport de cette notion, c’est qu’il s’agit d’une caractérisation militante. Bibia Pavard a montré dans son article « Faire naître et mourir les vagues : comment s’écrit l’histoire des féminismes » que ce sont les nouvelles générations féministes qui se sont à chaque fois qualifiées de nouvelles vagues, ce qui a un effet performatif : proclamer qu’on entre dans une nouvelle vague contribue ainsi à la faire advenir. À ce titre, il me semblait intéressant de souligner qu’on assiste actuellement à une quatrième vague du féminisme, afin de prendre la mesure de la situation et de réfléchir collectivement aux tâches politiques que cela implique. La particularité de cette quatrième vague est qu’elle ne naît pas dans les pays occidentaux, mais en Amérique latine — ce qui permet justement de sortir du reproche qu’on a pu faire. Il serait d’ailleurs intéressant de relire ce séquençage avec les apports des recherches historiques sur les féminismes non occidentaux.

Franck Gaudichaud nous disait justement toute l’importance du féminisme pour comprendre les mouvements sociaux en Amérique latine. Les féminismes latino-américains sont-ils aujourd’hui les plus à même de faire la jonction avec le mouvement ouvrier ?

« Les femmes de chambre de l’hôtel Ibis-Batignolles lient indissociablement le féminisme, la lutte antiraciste et celle pour l’amélioration de leurs conditions de travail. »

Cette question du lien est très compliquée. Historiquement, le mouvement féministe en tant que tel est né au sein des révoltes sociales. Mais sa particularité a toujours été d’être transclasse. Il a ainsi pu être réduit par des fractions du mouvement ouvrier, parfois par ses dirigeants staliniens, à un mouvement bourgeois ou petit-bourgeois. Cela a entraîné une crise durable entre mouvement féministe et mouvement ouvrier depuis les années 1970, avec l’émergence d’un mouvement féministe autonome du mouvement ouvrier — au moins partiellement. Même si cette autonomie est à relativiser : les féministes du courant « lutte de classes » faisaient, dès cette époque, le lien entre les deux mouvements. Aujourd’hui, une partie de l’extrême gauche continue de nier la centralité politique du féminisme et ne se souvient de sa force que lorsqu’il parvient à mobiliser massivement des milliers, voire des millions de personnes. Cette fraction de l’extrême gauche conteste surtout sa centralité à un niveau stratégique : elle peut reconnaître qu’il existe des formes d’oppression spécifiques qui pèsent sur les femmes et les minorités de genre, mais elle ne pense pas que l’oppression de genre est consubstantielle au capitalisme et nie qu’elle est aussi une forme d’exploitation, c’est-à-dire d’appropriation de la force de travail. On pourrait faire exactement les mêmes remarques sur la centralité politique de l’antiracisme.

Mais, bien sûr, on ne saurait réduire le mouvement ouvrier à cette fraction de l’extrême gauche. Je crois qu’à la base des mouvements, au contraire, il y a une forte conscience de la nécessité de la convergence des luttes. Et concernant le féminisme, elle est en partie réalisée dans les faits : de nombreuses travailleuses en lutte font le lien entre ces différents combats, car le sexisme et/ou le racisme structurent leur exploitation au travail, et cela n’a pas de sens de les séparer. Un bon exemple est la lutte des femmes de chambre toujours en cours de l’hôtel Ibis-Batignolles. Elles lient indissociablement le féminisme, la lutte antiraciste et celle pour l’amélioration de leurs conditions de travail. Mais pour revenir à l’Amérique latine, je crois que sa particularité repose sur le fait que, justement, le mouvement féministe y est très puissant. C’est peut-être actuellement le mouvement le plus puissant. Dès lors, les féministes peuvent faire en acte la convergence des luttes. En France, je pense que cette convergence adviendra lorsque nous aurons réussi à construire un mouvement féministe fort et populaire, qui pèsera sur le mouvement ouvrier et donnera de l’écho aux femmes et aux minorités de genre du mouvement ouvrier.

Dans une perspective d’articulation du marxisme et du féminisme, vous mettez en avantune théorie de la reproduction sociale afin de penser les rapports de production, de reproduction et les rapports sociaux. Pourquoi est-elle essentielle à vos yeux ?

Cette théorie a émergé au croisement de la théorie marxiste et de la théorie féministe dès les débats des années 1960–1970, autour du travail domestique. Puis elle s’est cristallisée dans les années 1980 autour d’un ouvrage majeur, Marxism and the oppression of women de Lise Vogel, pour connaître un renouveau ces dernières années dans un contexte politique et universitaire spécifique. D’un côté, le marxisme a en effet connu un regain d’intérêt dans le contexte de la crise économique de 2007–2008. De l’autre, la théorie féministe, à la faveur de la nouvelle vague, est particulièrement dynamique ces dernières années. C’est ainsi qu’il faut comprendre l’importance qu’a prise la théorie de la reproduction sociale. Elle essaie de livrer une analyse de l’oppression des femmes et des minorités de genre dans le cadre théorique du marxisme — ce qui implique bien évidemment d’avoir un rapport souple à ce dernier. La théorie de la reproduction sociale montre que si les femmes et les minorités de genre sont dominé·es, ce n’est pas dû à une simple oppression idéologique qui aurait perduré (comme une réminiscence d’un ancien temps). Elle montre également que ce n’est pas accessoire au capitalisme, et que le capitalisme n’aurait pas pu être indifférent au genre. Si cette domination existe, c’est qu’elle a une base matérielle et que cette dernière est nécessaire au capitalisme. Cette base matérielle, c’est l’assignation des femmes et des minorités de genre dans le cadre d’une division genrée du travail, à un type de travail spécifique : le travail reproductif. Celui-ci consiste à produire et à reproduire la vie, c’est-à-dire les travailleurs et les travailleuses dans le cadre de l’économie capitaliste. Dit à un plus haut niveau d’abstraction, et en utilisant les catégories marxistes, le travail reproductif est le travail qui produit et reproduit la force de travail. Il faut donc bien voir qu’il ne s’agit pas d’un travail centré sur le biologique. Au contraire : l’essentiel des tâches qui y sont liées ne sont pas d’ordre biologique. Même quand le travail reproductif inclut des processus biologiques, ils sont marqués du sceau du social. D’où le terme de « reproduction sociale ».

Comment ce travail reproductif se traduit-il concrètement ? 

« Il est impossible de penser un capitalisme qui soit indifférent au genre (de même qu’à la race).

Il s’effectue à un double niveau. D’abord à un niveau quotidien, il consiste à accomplir l’ensemble des tâches nécessaires pour que les travailleurs et travailleuses soient fraîches et disposes pour retourner travailler le lendemain : préparation des repas, lessives, entretien de la maison, etc. Ensuite, à un niveau intergénérationnel, il consiste à reproduire la force de travail dans le temps : par la production et l’éducation des enfants, notamment. L’un des lieux centraux dans lequel se déploie le travail reproductif est la famille — il correspond alors au travail domestique théorisé par les féministes des années 1970. Mais l’intérêt de la théorie de la reproduction sociale est de montrer qu’il peut aussi être effectué dans d’autres espaces.

Lesquels, par exemple ?

Il peut être en partie collectivisé via les services publics, notamment en matière d’éducation et de santé. Dans ce cadre, il demeure extrêmement genré : ce sont majoritairement les femmes et les minorités de genre qui le prennent en charge. De la même façon que le travail reproductif est invisibilisé et méconnu comme travail dans le cadre de la famille, mais présenté comme le résultat d’une aspiration « naturelle », il est dévalorisé socialement et faiblement rémunéré dans le cadre des services publics — et considéré comme à la limite d’un travail. Mais il peut aussi être intégré à la sphère du marché, cette fois-ci principalement via les services à la personne. Dans ce cadre, on constate qu’il n’est pas seulement genré mais également extrêmement racisé : ce sont en grande partie les femmes des classes populaires et racisées qui l’effectuent. Cela permet de montrer que des actrices centrales de la lutte féministe sont les femmes racisées, qui prennent aujourd’hui de plus en plus en charge le travail reproductif. Dans le cadre capitaliste, la domination des femmes et des minorités de genre est ce qui permet indirectement la production des profits. Il est donc impossible de penser un capitalisme qui soit indifférent au genre (de même qu’à la race) : tout son fonctionnement repose sur l’existence et la perpétuation de ces rapports sociaux de domination.

Selon vous, le point faible du féminisme dit « matérialiste »« réside […] dans son manque d’élaboration stratégique ». Vous esquissez la voie d’une stratégie révolutionnaire et marxiste : pourquoi serait-elle plus à même de réussir ?

Pour être précise, je fais l’hypothèse qu’une des causes de la rapide institutionnalisation du mouvement féministe repose sur le manque d’élaboration stratégique du féminisme matérialiste hors mouvement. De façon significative, Christine Delphy pouvait dire dans les années 1970, revenant sur son article « L’ennemi principal », que parler de lutte révolutionnaire « ne veut pas dire qu’on sait comment s’y prendre, ni ce qu’il faut détruire pour détruire [le patriarcat]. Le découvrir fait partie intégrante de la lutte ». Je pense que c’est en partie symptomatique du fait que la lutte féministe se suffisait en quelque sorte à elle-même, et qu’il y avait ici une forme de refus d’élaborer une stratégie concrète de renversement du patriarcat. Mais je ne l’écrirais probablement plus exactement sous cette forme aujourd’hui…

Pourquoi ?

« Nous ne devons pas avoir peur de tirer les bilans de nos erreurs passées pour pouvoir construire un mouvement féministe qui soit le plus victorieux possible. »

J’ai l’impression que c’est un mouvement indépassable du capitalisme que de coopter les différents mouvements contestataires. Par contre, sur la question du débat entre féministes matérialistes et féministes marxistes, il me semble important, d’abord, de souligner combien nous sommes toutes et tous débitrices, en tant que féministes, des élaborations extrêmement riches théoriquement du féminisme matérialiste. Le désaccord se place davantage à un niveau politique. Christine Delphy en particulier a défendu l’idée d’un mode de production patriarcal autonome et parallèle au mode de production capitaliste, alors que je trouve que l’articulation entre production et reproduction que propose la théorie de la reproduction sociale est une analyse plus convaincante. À un niveau stratégique, cela l’a menée à défendre une totale autonomie du mouvement féministe par rapport aux autres mouvements. Or cela me semble faux, théoriquement, tant le genre, la classe et la race sont entrelacés : ils se produisent et se reproduisent mutuellement. Faux et grave, stratégiquement. Je doute qu’aucun mouvement n’ait le pouvoir de renverser le capitalisme ou le patriarcat à lui tout seul et de mettre en place une autre organisation sociale sans poser centralement la question de la production et de la reproduction, la question du genre comme de la classe et de la race.

Vous faites une lecture critique de ce que vous nommez « la stratégie intersectionnelle », c’est-à-dire de certaines appropriations du concept d’intersectionnalité par des milieux militants : notion de « privilèges » qui efface la question du pouvoir, individualisation de la domination au détriment d’une approche structurelle, « safe spaces »[« espaces sûrs »] peu démocratiques, recherche de pureté individuelle… C’est là un constat amer de militante ?

Cela part effectivement d’une expérience militante. Le bilan me semblait nécessaire. Non pas que j’en garde une amertume particulière, mais plutôt parce que nous assistons à une renaissance du féminisme. Nous ne devons pas avoir peur de tirer les bilans de nos erreurs passées pour pouvoir construire un mouvement féministe qui soit le plus victorieux possible. Je suis moi-même entrée dans ces logiques, à une époque : il ne s’agit pas tant d’une critique que d’une forme d’autocritique. J’ai d’ailleurs l’impression que je ne suis pas la seule à dresser ce bilan : en réalité, nous sommes de plus en plus nombreuses et nombreux à le faire. Le nombre de collectifs féministes qui ont explosé — c’est par exemple le cas de mon ancien collectif — et de personnes qui ont arrêté de militer suite à ces phénomènes a poussé à une réflexion collective d’importance et à une profonde remise en question de ces pratiques.


D’aucuns estiment que l’intersectionnalité est un cadre théorique, et non une stratégie. L’objet de votre critique semble parfois osciller entre ce cadre théorique et son appropriation stratégique…

Dans la lignée des élaborations du Black feminism, l’intersectionnalité est conceptualisée par la juriste américaine noire Kimberlé Crenshaw dans deux articles fondateurs de 1989 et 1991. Si elle développe tout un ensemble de réflexions, on peut dire que le noyau central de son propos est de montrer qu’il est impossible d’isoler un rapport social de domination des autres (notamment ceux de genre, classe, race) : ils sont articulés entre eux et se reconfigurent mutuellement. Le terme connaît un tel succès, tant théorique que militant, qu’il est en partie approprié par la sociologie du genre, notamment, et sert alors à désigner avant tout une méthode — celle du croisement des dominations sociales. Je suis donc d’accord sur le fait que l’intersectionnalité est d’abord et avant tout une théorie. Cela n’a pas empêché certaines appropriations militantes, qu’il faut distinguer de l’intersectionnalité originelle — ce que j’essaie de faire dans mon ouvrage, peut-être avec plus ou moins de succès. Je montre qu’il s’agit d’une déformation à une échelle individuelle ou interindividuelle de l’analyse matérialiste, et parfois marxiste, du Black feminism originel. Je précise systématiquement quand j’en ai l’occasion que j’ai nommée cette stratégie « intersectionnelle » faute de meilleurs mots pour la caractériser… Dans un contexte où le gouvernement vise à diaboliser l’intersectionnalité et à censurer la production théorique et militante sur le sujet, je suis bien sûr pour revendiquer le terme ! Mais cela ne doit pas empêcher pour autant d’avoir un regard critique sur certaines de ses appropriations militantes.

« Donner la parole aux concerné·es » est un mot d’ordre désormais répandu. Vous regrettez qu’un glissement puisse parfois s’opérer : quand on passe « d’une théorie des points de vue situés […] à une théorie du privilège épistémologiqueabsolu des dominé·es sur leur domination », c’est-à-dire quand « toute personne, si elle est opprimée, détient la vérité incontestable de son oppression, donc la clé de sa libération. » Mais quel serait le « bon » équilibre, alors ?

« Il faut mettre l’accent sur le fait que seule une infime partie de la population n’est dominée d’aucune façon — c’est elle qui possède le pouvoir politique et économique de déterminer les vies de toutes et tous les autres. »

Là aussi, il s’agit d’une déformation de la théorisation originelle. On passe de l’idée tout à fait marxiste que la position sociale détermine notre façon d’appréhender le monde (et qu’il est donc intéressant, pour analyser la domination, de repartir de l’expérience de celles et ceux qui la vivent — et que cela peut, politiquement, nécessiter des moments et des organisations en non-mixité) à l’idée que seul·es celles et ceux qui vivent la domination ont le droit d’en parler. Et qu’ils doivent s’organiser politiquement de façon absolument autonome de celles et ceux qui ne la vivent pas. Lorsqu’on adopte une perspective intersectionnelle, justement, on voit que c’est difficile à tenir : cela a pour effet d’atomiser les luttes et d’empêcher toute convergence. A contrario, je pense qu’il faut mettre l’accent sur le fait que seule une infime partie de la population n’est dominée d’aucune façon — c’est elle qui possède le pouvoir politique et économique de déterminer les vies de toutes et tous les autres. Même si, actuellement, nous ne vivons pas les mêmes types de domination, même si, ponctuellement, nos intérêts peuvent diverger, nous avons un intérêt matériel supérieur à nous unir pour renverser les structures de la société et mettre en place une autre façon de vivre, de produire, de reproduire et de faire de la politique.

Au vu de l’héritage théorique et politique dans lequel vous vous inscrivez, de quel œil voyez-vous le phénomène de réhabilitation des sorcières dans le féminisme occidental — avec la part « ésotérique » qu’il charrie parfois ?

La spécificité de la figure de la sorcière, c’est qu’elle est particulièrement plastique. Elle peut être revendiquée comme un symbole féministe large : la chasse aux sorcières est un exemple historique de féminicide de masse. Ou être appropriée par différents courants au sein même du féminisme, qui en feront à chaque fois une lecture différente. C’est le propre des symboles. La sorcière a pu être convoquée par des black blocs féministes, nommés « Witch Blocs », pendant la mobilisation contre la loi Travail. C’est le noir qui y est associé, et sa connotation féministe, qui ont rendu possible cette appropriation. Théoriquement, c’est une figure que convoque aussi bien Silvia Federici dans une lecture matérialiste de l’avènement du capitalisme comme accumulation primitive du corps des femmes dans Caliban et la sorcière, que Starhawk, qui revendique sa part d’ésotérisme. Je pense donc que les significations de la sorcière ne sont pas figées et que c’est un symbole puissant et mobilisateur qu’il ne faut pas hésiter à convoquer.

Vous faites partie du Collectif féministes révolutionnaires, créé, justement, dans l’élan de la mobilisation contre la loi Travail…

On a voulu faire un espace qui soit à la fois féministe et marxiste. Un lieu de formations, de débats, de luttes. Un espace bienveillant où chacun·e puisse à la fois se former collectivement, exprimer des désaccords et militer. Bien sûr, le fait de se définir comme « révolutionnaires » crée de fait une délimitation avec l’ensemble du mouvement féministe. L’idée n’était pas forcément de faire le collectif le plus large possible mais plutôt de défendre au sein du mouvement féministe une certaine politique et une certaine stratégie. Pour mobiliser, il nous semble plus approprié de développer l’auto-organisation à une échelle locale et nationale : via des comités de quartiers et sur les lieux de travail, par exemple, comme au moment du MLAC dans les années 1970. Notre but est d’intervenir conjointement dans le mouvement féministe et dans le mouvement social au sens large, c’est-à-dire aussi bien dans les mobilisations nationales qu’auprès du mouvement antiraciste ou du mouvement ouvrier — en défendant à chaque fois la convergence des luttes. Nous militons activement au sein de la nouvelle vague du féminisme : nous avons par exemple participé à des assemblées générales MeToo en 2017 et nous poussons à la création de comités locaux pour la préparation de la grève féministe pour le 8 mars. Nous soutenons également les différents mouvements sociaux et y mettons en avant les mots d’ordre et les revendications féministes. Lors de la mobilisation des cheminot·es contre la casse de leur statut, par exemple, nous sommes intervenu·es en soutien au technicentre du Landy à Saint-Denis ; en retour, ils et elles sont venu·es manifester avec nous à la Marche des fiertés qui a suivi. Plus récemment, nous soutenons la grève des femmes de chambre de l’hôtel Ibis-Batignolles, dont nous parlions, en lutte depuis plus d’un an.

Mais, au fait : si le féminisme n’est pas un bloc unifié, comme vous l’avez montré, pourquoi avoir intitulé votre ouvrage… La Révolution féministe ?

J’utilise le terme de « révolution féministe » de la même façon que je parle de « mouvement féministe » au singulier — tout en sachant très bien qu’il est traversé par des courants opposés, qu’il existe une diversité de féminismes et que l’étiquette « féministe » peut être appropriée pour défendre des choses qui n’ont pas beaucoup à voir avec le féminisme ! Parfois, il est bon d’avoir des termes plus abstraits, donc au singulier, qui permettent d’englober un ensemble d’espaces différents. Le mouvement féministe est, à l’image du mouvement ouvrier, un terme qui permet de ressaisir l’ensemble de l’espace social féministe, en étant momentanément aveugle à sa diversité consubstantielle. La révolution féministe, c’est à la fois une période, celle qu’on est en train de vivre : la montée d’un mouvement féministe depuis plus d’un siècle, à l’échelle planétaire, qui, comme une lame de fond, une vague, menace de tout renverser sur son passage. Et c’est aussi une promesse. Celle qu’à un moment, une révolution féministe adviendra. Mais j’espère avoir été suffisamment claire sur le fait que, dans ma conception, si aucune révolution ne peut advenir si elle n’est pas féministe, inversement, aucune révolution ne sera féministe si elle ne renverse pas le capitalisme, le système des classes sociales et l’organisation raciste de la société. Si elle ne met pas en place, également, une réorganisation de la production et de la reproduction

REBONDS

Lire notre abécédaire de Clara Zetkin, septembre 2020
Lire notre article « Checker les privilèges ou renverser l’ordre ? », Kaoutar Harchi, juin 2020
Lire notre entretien avec Silvia Frederici : « Le féminisme d’État est au service du développement capitaliste », avril 2020
Lire notre entretien avec Maud Simonet : « Travail gratuit ou exploitation ? », février 2019
Lire notre entretien avec Emma: « Faire péter le patriarcat en même temps que le capitalisme », avril 2018



Sur la Journée Internationale de lutte pour la libération des femmes

www.icor.info                                                                          12 février 2021

Résolution de l’ICOR sur la Journée internationale de lutte pour la libération des femmes 2021

Il y a 150 ans, en mars 1871, le prolétariat parisien renversa pour la première fois l’ancien pouvoir et établit un nouveau pouvoir, le premier État des travailleurs. La Commune de Paris était « le glorieux fourrier d’une nouvelle société ». Les femmes étaient des atouts, elles étaient parmi les plus courageuses des combattantes aux barricades ! La Commune a jeté les premières graines d’une véritable libération des femmes, a créé des emplois en usine pour leur indépendance financière, des écoles professionnelles industrielles pour les filles, une loi sur le divorce, a traité les enfants légitimes et illégitimes sur un pied d’égalité. Elle a publié un décret pour l’égalité des femmes. L’organisation de femmes indépendante « Union des femmes » était membre de l’Internationale. Jusqu’à ce jour, la Commune de Paris trace la voie des grandes révolutions socialistes ultérieures et de la lutte pour la libération des femmes.

Les femmes travailleuses sont doublement opprimées et doublement exploitées dans ce système capitaliste parce qu’elles sont des travailleuses et parce que ce sont elles qui sont responsables des travaux ménagers, des soins à leurs enfants, à leur partenaire et aux personnes à leur charge – tout ce que l’on subsume sous « travaux ménagers » non rémunérés. En réalité, rien de tout cela n’est une affaire privée pour les femmes ! Ce sont des tâches pour la société dans son ensemble ! Elles doivent être résolues et organisées en conséquence. Là aussi, la Commune de Paris a ouvert la voie ! Dans ce système, en revanche, leur corps devient une marchandise, comme par l’exploitation à des fins sexuelles et la traite des êtres humains. Chaque jour, partout dans le monde, des femmes sont violées, mutilées, violantées dans la rue, dans leur maison, assassinées simplement parce qu’elles sont des femmes. En bref, ce système est basé sur des relations familiales et sociales patriarcales qui trouvent leur origine dans la propriété privée. Une politique particulièrement misogyne est menée par la réaction islamiste.

L’ICOR encourage la lutte pour la libération des femmes en liaison avec la lutte pour la libération nationale, la révolution prolétarienne, la véritable démocratie et le socialisme aussi bien dans les pays impérialistes que dans les pays dépendant de l’impérialisme. Elle promeut le rôle des femmes dans les mouvements politiques et les partis révolutionnaires ! Elle invite donc les organisations internationales de femmes à participer à la construction du Front uni anti-impérialiste international contre le fascisme et la guerre.

Dans la pandémie de Corona, en interaction avec la crise économique et financière mondiale, l’impérialisme montre son vrai visage. L’économie du profit est incompatible avec une protection durable de la santé de la masse de la population. Sur le fond de la crise de Corona qui s’étend de façon incalculable, de millions de personnes affamées, de systèmes de santé qui ne fonctionnent pas, de la destruction massive d’emplois, de la pauvreté généralisée, une tendance accélérée vers une crise sociale globale du système impérialiste mondial se développe avec des mouvements de masse, des grèves, des protestations dans lesquelles les femmes jouent un rôle important. Les forces s’accroissent et se renforcent qui poursuivent la voie commencée par la Commune de Paris et emboîtent le pas des femmes combattantes courageuses.

D’autant plus il est temps aujourd’hui de faire connaître et d’ancrer la Commune de Paris et ses enseignements auprès de la masse des femmes : Que ce soit en Inde où neuf grèves générales ont eu lieu pendant un an, la dernière avec 250 millions de participants. Où des paysans de tout le pays se rebellent avec mépris de la mort contre les lois du gouvernement fasciste Modi. Et les femmes qui travaillent dans le secteurs de la santé, de la garde d’enfants et comme cuisinières s’y joignent. Les paysannes luttent également contre leur manque de droits, car elles peuvent travailler la terre mais ne pas la posséder. Comme au Bangladesh où les ouvrières du textile se battent depuis des mois pour des salaires non payés et contre les licenciements. Ou en Afrique du Sud où 59 % des jeunes sont au chômage et où une grève générale contre la corruption, répercutant le fardeau de la crise sur les travailleurs, et contre la violence sexiste, a été largement suivie par les masses. En France, où les luttes de masse s’opposent au président Macron quand il pousse à la fascisation de l’appareil d’État, et est incapable de lutter contre la pandémie de Corona, et où les femmes révolutionnaires s’apprêtent à célébrer les 150 ans de la Commune de Paris. Ou dans des pays comme le Pérou, l’Équateur, le Brésil – où, parfois, les morts du coronavirus ne sont même plus enterrés et où les femmes prennent en charge l’aide sociale et l’assistance mutuelle au mieux de leurs capacités et font partie de la lutte contre le gouvernement.

Il est d’une importance stratégique que le mouvement combatif international des femmes devienne l’allié du prolétariat mondial et que les femmes dans les partis révolutionnaires jouent leur rôle avec confiance. Toutes les contradictions du système capitaliste-impérialiste s’aggravent par la crise économique et financière internationale, s’exacerbant par la pandémie de Covid 19. La contradiction entre les forces productives internationalisées et les rapports capitalistes de production appelle une solution. Ce que la Commune de Paris a commencé, ce que la révolution d’Octobre socialiste et la révolution socialiste dans la Chine de Mao Zedong en lutte contre l’oppression féodale, arriérée ont continué, ce que les pays à l’époque socialistes ont essayé et réalisé – tout cela est aujourd’hui sur l’agenda de l’histoire mondiale : la libération des femmes dans des pays libérés, démocratiques et socialistes.

Luttons au niveau transnational et ensemble, femmes et hommes, au sein de l’ICOR et du Front uni pour la libération des femmes, la liberté, la démocratie et le socialisme !

Signataires (en date du 23/2 2021, d’autres signataires sont possibles):

  1. UPC-Manidem   Union des Populations du Cameroun – Manifeste National pour l’Instauration de la Démocratie
  2. CPK   Communist Party of Kenya (Parti communiste de Kenya)
  3. MMLPL   Moroccan Marxist-Leninist Proletarian Line (Ligne prolétarienne marxiste-léniniste marocaine)
  4. CPSA (ML)   Communist Party of South Africa (Marxist-Leninist) (Parti communiste d’Afrique du Sud (marxistes-léninistes))
  5. PPDS   Parti Patriotique Démocratique Socialiste, Tunisie
  6. MLOA   Marxist-Leninist Organization of Afghanistan (Organisation marxiste-léniniste d’Afghanistan)
  7. CPB   Communist Party of Bangladesh (Parti communiste du Bangladesh)
  8. CPI (ML) Red Star   Communist Party of India (Marxist-Leninist) Red Star (Parti communiste d’Inde (marxiste-léniniste) Etoile Rouge)
  9. Ranjbaran   Hezb-e Ranjbaran-e Iran (Parti prolétarien de l’Iran)
  10. NCP (Mashal)   Nepal Communist Party (Mashal) (Parti communiste du Népal (Mashal))
  11. PPRF   Patriotic Peoples Republican Front of Nepal (Front républicain du peuple patriotique du Népal)
  12. NDMLP   New-Democratic Marxist-Leninist Party (Parti marxiste-léniniste de démocratie nouvelle), Sri Lanka
  13. CPA/ML   Communist Party of Australia (Marxist-Leninist) (Parti communiste d’Australie (marxiste-léniniste))
  14. БКП   Българска Комунистическа Партия (Parti communiste bulgare)
  15. БРП(к)   Българска Работническа Партия (комунисти) (Parti ouvrier de Bulgarie (Communistes))
  16. PR-ByH   Partija Rada – ByH (Parti du travail – Bosnie et Herzégovine)
  17. MLPD   Marxistisch-Leninistische Partei Deutschlands (Parti marxiste-léniniste d’Allemagne)
  18. UCLyon   Unité Communiste Lyon, France
  19. UPML   Union Prolétarienne Marxiste-Léniniste, France
  20. KOL   Kommunistische Organisation Luxemburg (Organisation Communiste de Luxembourg)
  21. RM   Rode Morgen (aube rouge), Pays-Bas
  22. UMLP   União Marxista-Leninista Portuguesa (Union marxiste-léniniste portugaise)
  23. MLGS   Marxistisch-Leninistische Gruppe Schweiz (Groupe marxiste-léniniste de Suisse)
  24. VZDOR   VZDOR – strana práce (Résistance – parti du travail), Slovaquie
  25. TKP-ML   Türkiye Komünist Partisi – Marksist-Leninist (Parti communiste de Turquie – marxiste-léniniste)
  26. MLKP   Marksist Leninist Komünist Parti Türkiye / Kürdistan (Parti marxiste-léniniste communiste Turquie / Kurdistan)
  27. KSRD   Koordinazionnyj Sowjet Rabotschewo Dvizhenija (Conseil de coordination du mouvement ouvrier), Ukraine
  28. UoC   Union of Cypriots (Union des Chypriotes), Chypre
  29. PCC-M   Partido Comunista de Colombia – Maoista (Parti communiste de Colombie – maoïste)
  30. PCP (independiente)   Partido Comunista Paraguayo (independiente) (Parti communiste Paraguayen (indépendant))
  31. BDP   Bloque Democratico Popular (Bloc démocratique populaire), Pérou
  32. PC (ML)   Partido Comunista (Marxista Leninista) (Parti communiste (marxiste-léniniste)), République Dominicaine
  33. PCR-U   Partido Comunista Revolucionario del Uruguay (Parti révolutionnaire communiste d’Uruguay)

Résolution ICOR. Solidarité. Contre la vague brutale de répression anticommuniste aux Philippines

Résolution ICOR

Depuis 52 ans, le mouvement révolutionnaire aux Philippines, sous la direction du Parti communiste des Philippines (CPP), mène la lutte justifiée pour la libération nationale et sociale. Le régime fascisant de Duterte aux Philippines agit contre lui avec une terreur croissante, en qualifiant de « terroristes » les organisations de libération et leurs représentants et en les diffamant, en assassinant des représentants de premier plan, en tuant et en persécutant les militants des mouvements pour les droits de l’homme, des femmes et des jeunes ainsi que des syndicats. Avec des méthodes de terreur et une fascisation croissante de l’appareil d’État, le régime Duterte veut réprimer le déclenchement d’une crise qui touche la société dans son ensemble. Mais aux Philippines aussi, la crise économique et financière mondiale s’intensifie en corrélation avec la crise du coronavirus, et la recherche d’une véritable alternative sociale par les masses ne cesse de s’accroître.

La diffamation de la lutte de libération en tant que terroriste est anticommuniste et criminalise les cinq décennies de lutte de libération aux Philippines et la résistance armée du peuple philippin.

Duterte a commencé son règne en déclarant une prétendue guerre aux drogues, ce qui a conduit, sous ce drapeau trompeur, à plus de 30 000 meurtres illégaux et à des dizaines de milliers d’autres arrestations. Par ces méthodes contre-révolutionnaires le gouvernement Duterte tente de réprimer le mouvement de libération et de le faire taire. Juste avant la fin de l’année 2020, neuf militants indigènes ont été assassinés de manière coordonnée et sanguinaire dans la ville de Capiz, sept syndicalistes ont été arrêtés. Au début de son mandat, il a très tôt annoncé qu’il organiserait des négociations de paix avec le NDFP, mais ceux-ci ont été abandonnées en 2017 et, à la place, on a commencé à tuer les communistes en masse. Il est très urgent de renforcer la solidarité internationale contre cette répression anticommuniste agressive.

  • L’ICOR condamne le dénigrement anticommuniste de la lutte de libération des Philippines, du CPP et du NDFP, comme étant terroriste.
  • Elle exige du gouvernement philippin qu’il cesse de violer le droit international et de réprimer la lutte de libération !
  • Elle exige la mise hors la loi internationale du régime Duterte et
  • que les organisations CPP et NPA (New Peoples Army) soient retirées des listes de terroristes des États-Unis, de l’UE, de l’Australie, de la Nouvelle-Zélande et du Royaume-Uni.
  • Reprise des négociations de paix entre le gouvernement philippin et le NDFP.
  • La solidarité à l’échelle mondiale avec la lutte du peuple philippin pour la libération nationale et sociale est nécessaire !

Signataires (en date du 02/02 2021, d’autres signataires sont possibles):

  1. PCPCI Parti Communiste Proletarien de Côte d’Ivoire
  2. ORC Organisation Révolutionnaire du Congo, République démocratique du Congo
  3. UPC-Manidem Union des Populations du Cameroun – Manifeste National pour l’Instauration de la Démocratie
  4. CPK Communist Party of Kenya (Parti communiste de Kenya)
  5. MMLPL Moroccan Marxist-Leninist Proletarian Line (Ligne prolétarienne marxiste-léniniste marocaine)
  6. CPSA (ML) Communist Party of South Africa (Marxist-Leninist) (Parti communiste d’Afrique du Sud (marxistes-léninistes))
  7. PCT Parti Comuniste du Togo
  8. PPDS Parti Patriotique Démocratique Socialiste, Tunisie
  9. MLOA Marxist-Leninist Organization of Afghanistan (Organisation marxiste-léniniste d’Afghanistan)
  10. CPB Communist Party of Bangladesh (Parti communiste du Bangladesh)
  11. CPI (ML) Red Star Communist Party of India (Marxist-Leninist) Red Star (Parti communiste d’Inde (marxiste-léniniste) Etoile Rouge)
  12. Ranjbaran Hezb-e Ranjbaran-e Iran (Parti prolétarien de l’Iran)
  13. NCP (Mashal) Nepal Communist Party (Mashal) (Parti communiste du Népal (Mashal))
  14. PPRF Patriotic Peoples Republican Front of Nepal (Front républicain du peuple patriotique du Népal)
  15. NDMLP New-Democratic Marxist-Leninist Party (Parti marxiste-léniniste de démocratie nouvelle), Sri Lanka
  16. CPA/ML Communist Party of Australia (Marxist-Leninist) (Parti communiste d’Australie (marxiste-léniniste))
  17. БКП Българска Комунистическа Партия (Parti communiste bulgare)
  18. PR-ByH Partija Rada – ByH (Parti du travail – Bosnie et Herzégovine)
  19. MLPD Marxistisch-Leninistische Partei Deutschlands (Parti marxiste-léniniste d’Allemagne)
  20. UCLyon Unité Communiste Lyon, France
  21. UPML Union Prolétarienne Marxiste-Léniniste, France
  22. BP (NK-T) Bolşevik Parti (Kuzey Kürdistan-Türkiye) (Parti bolchévique (Kurdistan du Nord / Turquie))
  23. KOL Kommunistische Organisation Luxemburg (Organisation Communiste de Luxembourg)
  24. RM Rode Morgen (aube rouge), Pays-Bas
  25. UMLP União Marxista-Leninista Portuguesa (Union marxiste-léniniste portugaise)
  26. RMP Российская маоистская партия (Rossijskaya maoistskaya partiya) (Parti maoïste russe)
  27. MLGS Marxistisch-Leninistische Gruppe Schweiz (Groupe marxiste-léniniste de Suisse)
  28. MLKP Marksist Leninist Komünist Parti Türkiye / Kürdistan (Parti marxiste-léniniste communiste Turquie / Kurdistan)
  29. KSRD Koordinazionnyj Sowjet Rabotschewo Dvizhenija (Conseil de coordination du mouvement ouvrier), Ukraine
  30. PCC-M Partido Comunista de Colombia – Maoista (Parti communiste de Colombie – maoïste)
  31. PCP (independiente) Partido Comunista Paraguayo (independiente) (Parti communiste Paraguayen (indépendant))
  32. BDP Bloque Democratico Popular (Bloc démocratique populaire), Pérou
  33. PC (ML) Partido Comunista (Marxista Leninista) (Parti communiste (marxiste-léniniste)), République Dominicaine
  34. PCR-U Partido Comunista Revolucionario del Uruguay (Parti révolutionnaire communiste d’Uruguay)
  35. PS-GdT Plataforma Socialista – Golpe de Timón (Plate forme Socialiste – Changement de direction), Vénézuela

LES MASSES POPULAIRES EN TUNISIE SE SOULÈVENT

POUR LA LIBÉRATION ET LA JUSTICE SOCIALE

Déclaration commune de Tunis du 20 janvier 2021

Les masses populaires tunisiennes sont entrées aujourd’hui dans une nouvelle phase de lutte

contre le régime en place, une lutte de classe qui n’a jamais été interrompue. Ce régime connaît

une crise qui a atteint un point de non-retour du fait de ses choix politiques et sociaux hostiles

aux intérêts des classes populaires, pauvres et marginalisées. Cette crise se manifeste surtout,

à ce stade, par un endettement très élevé, hors limites qui conduit à l’exacerbation du taux de

pauvreté et de la misère sociale. A cela s’est aussi ajouté les attaques frontales contre tout ce

qui restait des acquis sociaux obtenus après de longues années de luttes ardues menées sur

plusieurs générations – attaques qui ont notamment conduit à la casse de ce qui restait du

système éducatif et du système de santé.

Cette crise est l’expression d’un échec politique cuisant du système politique en place mis

désormais dans l’incapacité de faire passer les options et les choix politiques et économiques

de la coalition au pouvoir, reflet de la classe dirigeante qui essaie de vendre l’illusion d’une soi-

disant transition démocratique.

Les manifestations populaires actuelles, parfaitement légitimes, affrontent aujourd’hui une

répression politique sauvage, accompagnée de décisions judiciaires iniques et de comparutions

immédiates en masse – qui s’abattent même sur des enfants mineurs, ce qui ne s’était jusqu’ici

pas vu, même dans le cas d’affaires liées au terrorisme et à la corruption.

En conséquence, nous, organisations signataires de ce texte et parties prenantes actives des

révoltes des masses populaires, affirmons ce qui suit :

– ces révoltes populaires sont aujourd’hui le seul moyen pour exiger et imposer la liberté et

l’égalité.

– notre participation aux manifestations et luttes menées par les masses populaires est et

restera active et déterminée jusqu’à la victoire.

– nous appelons les manifestants à redoubler de vigilance face aux opérations d’infiltration de

la part des organisation politiques de la coalition au pouvoir qui tentent à diviser, de saborder

et de liquider ces luttes justes et légitimes.- nous posons comme revendication urgente et non négociable la libération immédiate et sans

condition de tous les détenus, y compris ceux déjà condamnés par les tribunaux.

– nous en appelons à toutes les forces patriotiques, révolutionnaires et aux masses populaires

révoltées (pauvres et marginalisées) à s’unir pour constituer une force cohésionnée contre la

coalition politique au pouvoir composée du pouvoir constitutionnel et des partis de l’islam

politique.

– Nous appelons, enfin, l’ensemble de notre peuple à poursuivre ses luttes par tous les moyens

qui sont à sa disposition et cela jusqu’au départ de la coalition politique au pouvoir.

* Le Parti des travailleurs

* Le Parti démocratique national uni

* Le Parti patriote et démocratique socialiste

* Le réseau des militants frontistes

* Coordination de la lutte

* Militants indépendants

* Le Parti communiste en cours de constitution et regroupant en son sein :

– La nouvelle voie communiste

– Le Parti de la lutte progressiste

– Le mouvement de la bannière des travailleurs

– Les Marxistes révolutionnaires

– Groupe de lutte révolutionnaire

Turquie

Vague de répression contre les organisations et institutions socialistes

Dans la nuit du 13 au 14 janvier a eu lieu une nouvelle vague de répression contre des organisations et institutions socialistes en Turquie.

Au moins 48 arrestations sont connues à ce jour. Les locaux de plusieurs alliances progressistes et socialistes ont été fouillés et saccagés. Une opération de police à grande échelle contre plusieurs organisations socialistes en Turquie a commencé dans les trois villes d’Istanbul, Izmir et Diyarbakir. Sont concernés le Parti socialiste des opprimés (ESP), la Fédération socialiste des associations de jeunes (SGDF), ainsi que des associations culturelles, l’agence de presse ETHA (Etkin Haber Ajansı) et le journal Atılım. Ils sont accusés du soutien présumé du MLKP Turquie / Kurdistan, qui est interdit en Turquie.

Les détenus ont été isolés pendant les 24 heures suivantes et ne sont pas autorisés à avoir des contacts avec des avocats. Le mandat d’arrêt du procureur d’Izmir serait fondé sur des déclarations faites par un informateur aux autorités de l’État. Parmi les personnes arrêtées figurent le coprésident à part entière de l’ESP, Özlem Gümüştaş, le député du HDP Sıtkı Güngör, l’employé de l’ETHA Pınar Gayıp et le membre du comité directeur central du Conseil des femmes socialistes (SKM) Satiye Ok.

Des syndicalistes actifs, par exemple du syndicat des dockers Limter-İş, sont également concernés.

Les rédactions de l’agence de presse ETHA et du journal Atılım à Istanbul ont été fouillées et les locaux ont été vandalisés. La police a confisqué des disques durs, des ordinateurs et 6 600 livres turques en espèces. Dans une première réaction, l’agence de presse très respectée ETHA a déclaré: « Même si vous arrêtez tous nos employés et confisquez tous nos ordinateurs et équipements techniques, vous ne pourrez pas faire taire ETHA ou Atılım.« 

L’Union Prolétarienne ML apporte tout son soutien et sa solidarité à la lutte contre le régime fasciste turc

METTONS FIN A L’OCCUPATION MONETAIRE FRANCAISE

LA FRANCE DOIT SORTIR TOTALEMENT DE NOS POLITIQUES MONETAIRES !

Les soussignés de cette pétition condamnent sans réserve le complot de la France d’Emmanuel Macron visant à saboter la décision africaine de mettre fin au colonialisme monétaire, financier et bancaire qu’elle impose aux pays africains à travers de prétendus accords monétaires qui durent depuis 75 ans.

C’est, en effet, à travers les larmes et le sang que les populations africaines de 15 pays (Bénin, Burkina-Faso, Cameroun, Centrafrique, Congo, Côte-d’Ivoire, Comores, Gabon, Guinée Bissau, Guinée équatoriale, Mali, Niger, Sénégal, Tchad, Togo) ont été artificiellement séparés et dont les monnaies sont inconvertibles de l’une à l’autre et sont arrimées à l’Euro, ce qui plombe nos revenus commerciaux et nos capacités d’épargne.

Aujourd’hui, 21 décembre 2020, cela fait un an que la France a entamé la réforme du franc CFA de la zone UMOA.

Cette reculade est le fruit de la mobilisation anti-impérialiste de toutes celles et de tous ceux qui se sont battus pendant des décennies pour l’abolition de la monnaie coloniale et qui ont donc contraint la France et ses affidés à annoncer précipitamment la « fin du Franc CFA »

Cette « fin » prétendue se résume en réalité à un changement de dénomination de la monnaie Franc CFA en ECO, la fin de la centralisation des réserves de change des États de l’Uemoa auprès du Trésor français, le « départ » des représentants de la France du conseil d’administration de la BCEAO.

Ces « changements » annoncés par les présidents Macron et Ouattara ne sont que des modifications de façade approuvées en urgence par les institutions françaises cependant qu’elles n’ont encore fait l’objet d’aucune approbation parlementaire africaine.

Il est important de retenir que :

1- Le processus initié par la France est anti-démocratique, anti-populaire et exclut les peuples, les sociétés civiles, les patronats et les parlements africains d’une décision qui les concerne au premier chef ;

2- L’accord monétaire avec la France a été renouvelé alors que nous exigeons la fin de l’occupation monétaire française. Nous demandons que la France sorte de de la gestion de nos politiques monétaires par la fin de l’accord entre nos pays et la France ;

3- Le maintien de la parité fixe entre cet ECO-Macron et l’Euro est une préférence commerciale accordée à l’Union Européenne et à la France ; cette parité fixe vise, en outre, à éliminer le risque de change pour les investisseurs européens et français en particulier ;

4- Le choix par la France et ses valets de la dénomination ECO, qui a été volée à la CEDEAO, révèle l’intention française de torpiller le projet de la monnaie CEDEAO afin d’étendre le franc CFA à d’autres pays africains avec une nouvelle dénomination ECO.

Il est grand temps que nos chefs d’État cessent d’être les préfets de la France pendant que nos économies continuent d’être pillées outrageusement à travers l’onction d’une monnaie, paravent du vol et de l’appauvrissement continu de nos populations. Tant qu’il en sera ainsi le développement ou même la chimère de « l’émergence » resteront une illusion.

C’est pourquoi nous :

– Dénonçons cette parodie de mise à mort du Franc CFA néocolonial et exigeons la fin de l’accord de coopération monétaire entre la France et nos pays ;

– Invitons tous les Africains, toutes les organisations progressistes à se mobiliser contre la présence monétaire française en Afrique et à faire barrage en Afrique et dans la diaspora à cette nouvelle tromperie monétaire ;

– Exigeons l’organisation de débats nationaux et de référendums nationaux démocratiques et sincères sur la monnaie ;

– Saluons l’attitude progressiste et internationaliste de démocrates français qui contribuent à éventer ce complot impérialiste et invitons à la jonction de toutes nos forces pour la souveraineté monétaire de l’Afrique ; Ensemble, mettons fin à l’occupation monétaire française !

Fait à Dakar, le 21 Décembre 2020

Signataires au Sénégal et en Afrique :

– Forces Démocratiques du Sénégal (FDS) – Forum Social Sénégalais (FSS) – Front pour une révolution anti-impérialiste populaire et panafricaine (FRAPP) – Jif Afrik – Ligue Démocratique Debout (LD Debout) – Mouvement Def Li là War – Mouvement Gilets Rouges – Mouvement Panafricain de Rejet du Franc CFA (MPR-FCFA) – Nittu Dëgg Valeurs – Pan African Congress (PAC de l’Azanie) – PASTEF – Les Patriotes – Radi KL Bomb Shot CREW (RBS CREW) – Rassemblement National Démocratique (RND) – Rassemblement pour la Vérité/ And ci dëgg (RV/And ci dëgg) – Sénégal Notre Priorité (SNP) – Urgences panafricanistes-Sénégal (UP-Sénégal)

– Yoonu Askan Wi/Mouvement pour l’autonomie populaire (YAW) – Solidarité Africaine pour la Démocratie et l’Indépendance (SADI), Mali – Ferñent/l’Etincelle, Sénégal – Parti Communiste du Bénin (PCB) –

Organisations signataires en France :

– Collectif Afrique (CA) – Front Uni de l’Immigration et des Quartiers Populaires (FUIQP) – Union des Travailleurs Sénégalais en France (UTSF) – Rassemblement Communiste (RC) – Association Nationale des Communistes (ANC) – Parti Communiste Révolutionnaire de France (PCFR) – Pôle de Renaissance communiste en France (PRCF) – Union Prolétarienne ML –

Individualités – personnalités :

– Boubacar Boris Diop, écrivain – Amina Fofana, Mouvement « On a tout compris » (Mali) – Chris Sankara, Coordinateur national du Pan African Congress de l’Azanie et président du mouvement panafricain mondial – Leuz Diwane G, artiste rappeur – Yassine Fall, économiste, présidente du mouvement Def Li Là Wàr – Amadou Lamine Diallo, Yerewolo Debout sur les ramparts (Mali) – Nit Dof, artiste rappeur – Mme Ndeye Fatou Ndiaye Blondin Diop, Avenir Senegal Bii Nu Bëgg – Dr Mohamed Lamine Ly, médecin généraliste – Saïd Bouamama, Sociologue, militant du Rassemblement Communiste – Jacques Habib Sy, ancien directeur de Transparency International – Makhily Gassama, ancien ministre de la culture du Sénégal – Elimane Haby Kane, président LEGS Africa – Moustapha Diakhaté, patriote africain et citoyen sénégalais – Professeure N’Dri Assié Lumumba, université Cronell, New York, Usa, citoyenne de Côte d’Ivoire – Cheikh Oumar Diagne, économiste – Imam El Hadji Mamadou Lamine Dramé – Niousha Roshani, Ph.D Co-Founder Global Black Youth, Citoyenne de Côte d’Ivoire – Mohamed Fall, Strategic Mine planning engineer Kinross gold corporation, Brésil – Honorable Martha Karua, ancienne ministre de la justice du Kenya – Mme Gisèle Yitamben, CEO Asafe knowledge Academy for Developement – Nouhoum keita, journaliste, Bamako (Mali) – Cheick Oumar Sissoko, cinéaste Bamako (Mali) –

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