Vive la lutte des paysans, des travailleurs et des ouvriers de l’Inde.

Communique ICOR – 22 janvier 2021.

Vive la lutte des paysans, des travailleurs et des ouvriers de l’Inde.

Nous soutenons la protestation permanente des agriculteurs et autres travailleurs indiens. Rassemblés par dizaines de milliers dans le froid de l’hiver, campant en plein air, les agriculteurs s’opposent à trois lois qui ont été adoptées de façon anticonstitutionnelle au Parlement sous l’égide du BJP, le parti au pouvoir qui soutient le fascisme hindouiste.

Le Covid : un catalyseur.

Le Covid a mis en évidence la fragilité du système capitaliste mondial. Partout, les gens sont désespérés de trouver du travail et des revenus. Partout dans le monde, des gens meurent, non seulement à cause de la pandémie directement, mais aussi à cause du stress économique causé par les politiques capitalistes en arrière-plan de la pandémie. Les seules personnes qui ont tiré des bénéfices massifs de cette pandémie sont les grandes entreprises.

Apple, Tesla, Amazon, etc. ont vu leurs actions atteindre des sommets sans précédent alors que le niveau de chômage dans le monde entier a également augmenté. Malgré cela, de nombreux gouvernements considèrent que le seul soulagement pour leur économie est de continuer à mettre en œuvre et à intensifier les politiques capitalistes en accordant des allocations et des concessions massives aux employeurs.

En Inde également, le gouvernement, sous le couvert du covid, a décidé de réduire davantage les droits des travailleurs, des agriculteurs et des autres travailleurs par diverses politiques. Les quatre codes du travail, les trois lois sur les agriculteurs, la loi sur l’électricité et d’autres lois qui vont encore accroître la détresse économique des masses laborieuses tout en enrichissant les grandes entreprises ne sont pas les moindres.

Le gouvernement Modi à l’attaque.

Les codes du travail ont d’abord été introduits au nom de la consolidation d’un nombre important de lois sur le travail. Cependant, en réalité, ils autorisent le “travail à durée déterminée” (alors que, auparavant, les travailleurs avaient droit à la permanence et à la protection contre les licenciements arbitraires, les réductions d’effectifs et les fermetures à l’issue de 240 jours de service continu). Ils autorisent également le règlement individuel des conflits par les travailleurs, en contournant les syndicats, et autorisent les licenciements, les réductions d’effectifs et les fermetures dans tous les établissements de moins de 300 travailleurs (contre 100 auparavant).

Ils ont rendu les grèves légales impossibles et réduit les protections déjà maigres accordées aux travailleurs contractuels en les limitant aux établissements employant plus de 50 travailleurs contractuels (contre 20 auparavant). En outre, de nombreuses grandes entreprises d’État comme Air India, BPCL (Bharat Petroleum Corporation Ltd), les usines d’ordonnances militaires, de nombreuses banques d’État, etc. sont en cours de privatisation. Tous les syndicats et fédérations centrales se sont opposés à ces mesures et sont en train de lutter contre elles.

Le même jour de septembre où les quatre codes du travail ont été adoptés, le parti au pouvoir a également adopté trois projets de loi sur les agriculteurs. Ces projets de loi ont supprimé la protection accordée aux agriculteurs (comme le fait que le gouvernement a fixé un “prix de soutien minimum” pour les produits, qu’il n’autorise la commercialisation des produits agricoles que dans les comités de commercialisation des produits agricoles (APMC) où la pesée et le prix sont contrôlés, qu’il n’autorise les contrats de vente de terres agricoles que dans certaines conditions, etc.

L’argument du gouvernement est que toutes ces mesures ne constituaient que des restrictions au droit de chaque agriculteur de conclure des contrats pour lui-même. En réalité, il s’agit de protections contre l’exploitation des agriculteurs et contre l’esclavage contractuel.

La paysannerie indienne dans le collimateur.

Dans un pays comme l’Inde, où les personnes possédant ne serait-ce que 10 hectares ou plus sont considérées comme de riches agriculteurs et où la superficie moyenne des terres détenues est à peine d’un hectare, de telles lois sont désastreuses. En bref, ces lois visent à asservir les agriculteurs aux grandes entreprises autant que les codes du travail visent à asservir les travailleurs. De même, la nouvelle loi sur l’électricité démantèle l’ensemble du système d’électrification protecteur en vigueur en Inde et confie le secteur de l’électricité à des acteurs privés.

Toutes ces lois sont également clairement anticonstitutionnelles. Par exemple, la structure fédérale de l’Inde exige que les lois sur l’agriculture ne soient adoptées que par les gouvernements des États. En utilisant une faille dans d’autres entrées, le Parlement central cherche maintenant à faire ces lois. De même, l’Inde est signataire des résolutions de l’OIT appelant à une consultation tripartite (travailleurs, employeurs et gouvernement) pour apporter des modifications à certains droits du travail. Ces droits ont clairement été violés. On cherche également à restreindre les droits des États et le gouvernement central cherche à s’approprier tout le pouvoir.

Dans cette situation, les travailleurs et les agriculteurs ont protesté. Après une série de journées de protestation dans l’atmosphère du Covid-19, dans le respect des restrictions en matière de distanciation sociale, de masques et d’assainissement, le 26 novembre a été marqué par une grève massive dans tout le pays. Les syndicats sont toujours en mode de protestation et ont fait le vœu de se joindre aux protestations des agriculteurs.

La lutte !

Mais c’est la protestation des agriculteurs qui a coupé le souffle. Des centaines de milliers d’agriculteurs sont descendus à Delhi depuis diverses régions du pays et ont assiégé la capitale nationale. Ils continuent à venir en bus et en tracteurs et à camper aux frontières de Delhi. De nombreux programmes de protestation sont prévus.

Le 13 janvier sera la journée de l’incinération des nouvelles lois sur l’agriculture et des codes du travail. Le 16 janvier sera le jour des protestations des minorités dans tout le pays, qui comprendront également des protestations contre la nouvelle loi de 2019 sur la citoyenneté, qui est ouvertement discriminatoire à l’égard des musulmans.

Le 18 janvier sera une journée de solidarité des femmes avec les agriculteurs qui protestent. Le point culminant sera le 26 janvier, qui sera célébré comme le Jour de la République de l’Inde avec un grand défilé à Delhi et dans les capitales des États. Les paysans ont lancé un appel à défiler à Delhi après le défilé du jour de la République afin d’organiser leur propre défilé au cœur de Delhi. De tels défilés auront également lieu dans toutes les capitales des États.

En préparation de cette manifestation, des manifestations de protestation auront lieu dans toutes les capitales des États à partir du 23 janvier. Tous les syndicats, à l’exception de ceux qui sont directement contrôlés par le parti au pouvoir, ont appelé à soutenir ces manifestations. Une épreuve de force est en vue. La lutte n’est pas seulement pour les droits des travailleurs et des agriculteurs, mais aussi pour l’essence même de la démocratie et pour préserver les droits des masses populaires indiennes contre les entreprises nationales et internationales en maraude.

Un seul monde : un seul front !

Nous appelons toutes les forces démocratiques du monde entier à soutenir ce mouvement. C’est la tâche de toutes ces forces démocratiques dans un monde qui est de plus en plus en proie au fascisme encouragé par l’impérialisme. Nous souhaitons le plus grand succès à la lutte des travailleurs et des agriculteurs de l’Inde.


Pour le travail, la terre, la liberté, la démocratie et le socialisme !



Signataires (à partir du 22 janvier 2021, autres signataires possibles) :

1. PCPCI Parti Communiste Prolétarien de Côte d’Ivoire (Proletarian Communist Party of Ivory Coast)
2. ORC Organisation Révolutionnaire du Congo, République démocratique du Congo
3. UPC-Manidem Union des Populations du Cameroun – Manifeste National pour l’Instauration de la Démocratie
4. Parti communiste du Kenya (CPK)
5. MMLPL Ligne prolétarienne marxiste-léniniste marocaine
6. CPSA (ML) Parti communiste d’Afrique du Sud (marxiste-léniniste)
7. PCT Parti Comuniste du Togo
8. PPDS Parti Patriotique Démocratique Socialiste, Tunisie
9. MLOA Organisation marxiste-léniniste d’Afghanistan
10. Parti communiste du Bangladesh (CPB)
11. CPI (ML) Red Star Parti communiste de l’Inde (marxiste-léniniste) Red Star
12. PPRF Patriotic Peoples Republican Front of Nepal
13. NDMLP Parti marxiste-léniniste néo-démocrate, Sri Lanka
14. CPA/ML Parti communiste d’Australie (marxiste-léniniste)
15. БКП Българска Комунистическа Партия (Parti communiste bulgare)
16. PR-ByH Partija Rada – ByH (Parti du travail – Bosnie-Herzégovine)
17. MLPD Marxistisch-Leninistische Partei Deutschlands (Parti marxiste-léniniste d’Allemagne)
18. UC Unité Communiste, France
19. UPML Union Prolétarienne Marxiste-Léniniste, France
20. BP (NK-T) Bolşevik Parti (Kuzey Kürdistan-Türkiye) (Parti bolchevique (Kurdistan du Nord-Turquie))
21. KOL Kommunistische Organisation Luxemburg (Organisation communiste du Luxembourg)
22. RM Rode Morgen (Red Dawn), Pays-Bas
23. MLP Marksistsko-Leninskaja Platforma (Plate-forme marxiste-léniniste), Russie
24. MLGS Marxistisch-Leninistische Gruppe Schweiz (Groupe marxiste-léniniste de Suisse)
25. KSC-CSSP Komunisticka Strana Cheskoslovenska – Cheskoslovenska Strana Prace (Parti communiste de Tchécoslovaquie – Parti des travailleurs tchécoslovaques), République tchèque
26. MLKP Marksist Leninist Komünist Parti Türkiye / Kürdistan (Parti communiste léniniste marxiste Turquie / Kurdistan)
27. KSRD Koordinazionnyj Sowjet Rabotschewo Dvizhenija (Conseil de coordination du mouvement de la classe ouvrière), Ukraine
28. PCC-M Partido Comunista de Colombia – Maoista (Parti communiste de Colombie – maoïste)
29. PCP (independiente) Partido Comunista Paraguayo (independiente) (Parti communiste paraguayen (indépendant))
30. BDP Bloque Democratico Popular (Bloc Démocratique Populaire), Pérou
31. PC (ML) Partido Comunista (Marxista Leninista) (Parti communiste (marxiste-léniniste)), République dominicaine
32. PCR-U Partido Comunista Revolucionario del Uruguay (Parti communiste révolutionnaire de l’Uruguay)

INDE : LE SOULÈVEMENT PAYSAN S’INTENSIFIE TOUJOURS PLUS…


IL FAIT PEUR AUX PUISSANTS ET FAIT CÉDER LES AUTORITÉS SUR LES REVENDICATIONS DE LEURS ALLIÉS OUVRIERS, EMPLOYÉS MUNICIPAUX, AGENTS DE SANTÉ , EMPLOYÉS DES CRÈCHES AGRICOLES… CE QUI RENFORCE ENCORE UN PEU PLUS LA LUTTE GÉNÉRALE
Article publié le 15 janvier 2021 sur Luttes Invisibles

Grace à leur grève illimitée commencée le 7.01 dans le contexte du soulèvement paysan et ayant clairement affiché leur soutien, les 100 000 employés municipaux de Delhi en lutte ont obtenu le paiement de leurs salaires non payés depuis 5 mois, mais méfiants à juste titre, ils continuent la lutte tant que l’argent n’est pas dans leurs poches. Ils ont fait aujourd’hui 15 janvier une grande manifestation ; les paysans de l’Etat du Madhya Pradesh ont décidé d’intensifier leurs actions (après déjà des grèves et manifestations du 7 au 15 janvier et une grève illimitée des employés des marchés d’Etat,agricoles, les mandis) en tenant une occupation illimitée d’une place de marché à Bhopal à partir du 21.01 et en organisant grèves, manifestations, blocages de l4assemblée, du siège du gouverneur… les 18, 20, 23 et 26 janvier ; des vétérans de l’armée nationale sont venus soutenir les paysans ; les 13 et 14 janvier les lois anti paysans et anti ouvriers ont été brûlées dans des actions collectives sur de nombreux sites dans le pays dont 20 000 sites pour la fête de Lohri rien que dans la journée du 13/01 ; mannequins en paille du 1er ministre Modi qui ont été brûlés tout au long des journées des 13 et 14 janvier ; soupe populaire organisée sur une place de Calcutta occupée en permanence par le soulèvement et ses soutiens, avec débats, spectacles, fêtes et repas…; réunion paysanne à Beguniapada Block du Ganjam District, de l’Etat d’ODISHA, comme il y en a dans quasi chaque village de l’Etat et d’où sont déjà parties 5 marches de jeunes qui ont franchis les 2 700 km qui les séparent de Delhi ; meeting du syndicat ouvrier CITU au campement paysan de Singhu à Delhi ; meeting de soutien aux paysans dans l’Etat de Tripura ; arrivée d’une des marches venant de l’Etat du Kerala au campement autoroutier paysans de Shahjahanpur à Delhi ; Manifestation paysanne avec musique à Nandigram (5 800 habitants) dans l’Etat du Bengale occidental ; comme par « miracle » les salaires des employées ds crèches agricoles qui sont en grève illimitée aux côtés des paysans, ont été fortement augmentés tout comme ceux des travailleurs de santé qui s’étaient aussi rangés aux côtés du soulèvement paysan ; les paysans dénoncent les manœuvres de la Cour Suprême qui en proposant de « suspendre » (mais pas annuler) les lois anti-paysans tout en les associant à ce processus de « suspension » essaient de les enfumer et de les engluer dans des négociations sans fin ; Assemblée Générale ouverte pour le 16 janvier sur l’autoroute Jaipur-Delhi au campement Shahjahanpur-Khedn ; Les paysans soutiennent en manifestant à leurs côtés les travailleurs de BEML (aérospatiale, défense) en grève depuis plusieurs jours contre leur privatisation, ce qui est important vu que le gouvernement veut privatiser tout le secteur public et que les confédérations syndicales ouvrières n’organisent aucune riposte sinon corporatiste

Inde: la grève la plus importante de l’Histoire mondiale

Inde : La Grève générale la plus importante de l’Histoire

Source : Consortium News, Vijay Prashad
Traduit par les lecteurs du site Les-Crises

Si ceux qui ont fait grève le 26 novembre formaient un pays, ça serait le cinquième pays le plus peuplé au monde après la Chine, l’Inde, les Etats-Unis et l’Indonésie, écrit Vikay Prashad.

Grève générale en Inde le 26 novembre 2020 (IndustriALL Global Union, Flickr, CC BY-NC-ND 2.0)

Des fermiers et des agriculteurs du nord de l’Inde ont défilé sur de nombreuses autoroutes nationales en direction de la capitale Indienne New Delhi dans le cadre de la grève générale le 26 novembre.

Ils portaient des panneaux arborant des slogans contre les lois anti-agriculture et pro-entreprises adoptées par le Lok Sabha Indien [chambre basse, équivalent de l’Assemblée Nationale française, NdT] en septembre, et passées au Rajya Sabha [chambre haute, Conseil des Etats, NdT] par un simple vote.

Les agriculteurs et fermiers grévistes exhibaient des drapeau indiquant leur affiliation à un panel d’organismes, depuis le mouvement communiste jusqu’à un large front d’organisations d’agriculteurs. Ils ont protesté contre la privatisation de l’agriculture, qui dégraderait la souveraineté alimentaire de l’Inde et éroderait leur capacité à rester agriculteurs.

Environ deux tiers de la main d’oeuvre indienne tire ses revenus de l’agriculture, qui contribue environ à 18 % du produit intérieur brut (PIB) de l’Inde. Les trois projets de loi passés en septembre portent atteinte au programme d’achat par le gouvernement au prix de soutien minimum, mettant 85 pour cent des fermiers possédant moins de 2 hectares de terres à la merci des grossistes en situation de monopole, et menant à la destruction d’un système qui a jusqu’alors maintenu sa production agricole malgré les variations erratiques des prix des denrées alimentaires.

Cent cinquante organisations agricoles différentes se sont rassemblées pour leur marche sur New Delhi. Ils parlent d’occuper la ville jusqu’à nouvel ordre.

Grève générale en Inde le 26 novembre 2020 (IndustriALL Global Union, Flickr, CC BY-NC-ND 2.0)

Environ 250 millions de personnes de tout le pays ont rejoint le mouvement, en faisant la plus grande grève de toute l’Histoire. Si les grévistes formaient un pays, il serait le cinquième plus peuplé du monde après la Chine, l’Inde, les Etats-Unis et l’Indonésie. Des zones industrielles dans toute l’Inde – de Telangana à Uttar Pradesh – ont cessé toute activité, les travailleurs des ports de Jawaharlal Nehru (Maharashtra) à celui de Paradip (Odisha) ont arrêté de travailler.

Grève générale en Inde le 26 novembre 2020 (IndustriALL Global Union, Flickr, CC BY-NC-ND 2.0)

Les ouvriers du charbon, minerai de fer et métal ont déposé leurs outils, alors que les trains et bus restaient à l’arrêt. Les travailleurs des secteurs informels ont rejoint le mouvement, suivis par les professionnels de santé et les employés de banque. Ils ont fait grève en opposition à la loi ouvrière qui étend le temps de travail quotidien à 12 heures et réduit les avantages de la population ouvrière de 70 %. Tapan Sen, le secrétaire général du Centre des syndicats indiens, a déclaré : « La grève d’aujourd’hui n’est qu’un début. D’autres luttes intenses vont suivre. »

La pandémie a aggravé la crise dans les classes ouvrière et paysanne, incluant les plus riches exploitants. En dépit des dangers de la pandémie, poussés par un profond sentiment de désespoir, ouvriers et paysans se sont rassemblés dans les espaces publics pour témoigner de leur perte de confiance en leur gouvernement. L’acteur Deep Sindhu a rejoint la protestation, où il a dit à un officier de police : « Ye inquilab hai. C’est une révolution. Si vous prenez les terres des fermiers, qu’est-ce qu’il leur reste? Que des dettes. »

Grève générale en Inde le 26 novembre 2020 (IndustriALL Global Union, Flickr, CC BY-NC-ND 2.0)

Le long des frontières de New Delhi, le gouvernement a mis en place des forces de police, barricadé les autoroutes et préparé un affrontement à grande échelle. Alors que les longues colonnes de fermiers et d’ouvriers agricoles s’approchaient des barricades et faisaient appel à leurs frères qui avaient mis de côté les vêtements des fermiers et revêtu des uniformes de police, les autorités ont utilisé des gaz lacrymogènes et des canons à eau contre les fermiers et les ouvriers agricoles.

Grève générale en Inde le 26 novembre 2020 (IndustriALL Global Union, Flickr, CC BY-NC-ND 2.0)

Le jour de la grève générale des fermiers et ouvriers, le 26 novembre, est également le Jour de la Constitution en Inde, marquant un grand acte de souveraineté politique. L’article 19 de la Constitution Indienne (1950) stipule clairement que les citoyens indiens ont le droit à « la liberté d’expression et de parole » (1.a), le droit de « se rassembler pacifiquement et sans armes » (1.b), le droit de « constituer des associations et des syndicats » (1.c), et le droit de « se déplacer librement à travers le territoire d’Inde » (1.d).

Au cas où ces articles de la Constitution auraient pu être oubliés, la Cour suprême indienne a rappelé à la police dans une affaire judiciaire de 2012 (l’incident de Ramlila Maidan vs. le Ministre d’Etat) que « les citoyens ont un droit fondamental de se rassembler et de protester pacifiquement, qui ne peut être retiré par une décision arbitraire du législatif ou de l’exécutif. »

Les barricades de la police, l’utilisation de gaz lacrymogène et l’utilisation de canons à eau – mélangée avec l’invention israélienne de levures chimiques destinées à induire un réflexe vomitif – violent la lettre de la Constitution, ce que les fermiers ont crié aux forces de l’ordre à chacune de ces confrontations. En dépit du froid intense au nord de l’Inde, les policiers ont aspergé les paysans avec de l’eau et des gaz lacrymogènes.

Grève générale en Inde le 26 novembre 2020 (IndustriALL Global Union, Flickr, CC BY-NC-ND 2.0)

Mais il en faillait plus pour les arrêter. Alors que de courageux jeunes gens sautaient sur les canons à eau et fermaient les vannes, les fermiers ont conduit leurs tracteurs sur les barricades pour les démanteler, la classe ouvrière et les paysans se battus contre la lutte des classes qui leur est imposée par le gouvernement.

Les 12 points de la charte des doléances mise en avant par les syndicats professionnels, ayant capté les sentiments du peuple. Les demandes incluent un retrait total de la loi anti-ouvrière, anti-fermiers votées par le gouvernement en septembre, l’annulation de la privatisation d’entreprises publiques majeures, et une aide immédiate de la population qui souffre des difficultés financières provoquées par la crise du coronavirus ainsi que des années de politiques néolibérales.

Ce sont des demandes simples, humaines et vraies ; seul les coeurs les plus durs les refusent, n’offrant pour réponse que les canons à eau et les gaz lacrymogènes.

Grève générale en Inde le 26 novembre 2020 (IndustriALL Global Union, Flickr, CC BY-NC-ND 2.0)

Ces demandes d’aide immédiate, de protection sociale pour les ouvriers et de subventions agricoles s’applique aux ouvriers et paysans du monde entier. Ce sont des revendications comme celles qui ont provoqué les protestations récentes au Guatemala et celles qui ont mené à la grève générale du 26 novembre en Grèce.

Nous entrons dans une période de cette pandémie où des troubles sont probables, de plus en plus de personnes dans les pays dirigés par des gouvernements bourgeois en ont de plus en plus assez du comportement odieux de leurs élites. Les rapports montrent les uns après les autres que les fractures sociales se font plus extrêmes, une tendance qui date de bien avant la pandémie mais s’est aggravée en conséquence.

Il est tout à fait naturel que les fermiers et agriculteurs s’agitent. Une nouveau rapport du Land Inequality Initiative (Initiative sur l’Inégalité des terres) montre que seulement 1 pour cent des fermes du monde exploitent plus de 70 pour cent des terres agricoles mondiales, signifiant que les grandes exploitations agricoles dominent le marché alimentaire des entreprises et mettent en danger la survie de 2.5 milliards d’individus qui dépendent de l’agriculture pour leur subsistance.

L’inégalité de la répartition des terres, en considérant ceux qui ne possèdent pas de terre et la valeur des terres, est la plus haute en Amérique Latine, Asie du Sud et certaines régions d’Afrique (avec l’exception notable de la Chine et du Vietnam, qui ont « les niveaux d’inégalité les plus bas »).

Un jeune homme, Avtar Singh Sandhu (1950-1988), lit Maxime Gorky’s Mother (1906) au début des années 1970 à Punjab, d’où une grande partie des fermiers et ouvriers agricoles se sont déplacés jusqu’aux barricades autour de New Delhi. Il était très touché par la relation entre Nilovna, une femme de la classe ouvrière, et son fils, Pavel, ou Pasha.

Pasha trouve ses marques dans le mouvement socialiste, rapporte chez lui des livres révolutionnaires, et lentement, lui et sa mère se radicalisent. Quand Nilovna le questionne sur l’idée de solidarité, Pasha répond : « Le monde est à nous ! Le monde est aux travailleurs ! Pour nous, il n’y a ni nation ni race. Pour nous, il y a seulement des camarades et des ennemis. »

Cette idée de solidarité et de socialisme, dit Pasha, « nous réchauffe comme le soleil ; c’est le deuxième soleil au paradis de la la justice, et ce paradis réside dans le coeur du travailleur. » Ensemble, Pasha et Nilovna deviennent des révolutionnaires. Bertolt Brecht a raonté cette histoire dans sa pièce Mother (1932).

Avtar Singh Sandhu a été tant inspiré par le roman et la pièce qu’il a pris le nom de « Pash » comme takhallus, son nom d’auteur. Pash est devenu un des poètes les plus révolutionnaires de son temps, assassiné en 1988 par des terroristes. Je suis herbe fait partie des poème qu’il a laissé derrière lui :

Si tu le souhaites, jette ta bombe sur l’université.

Réduis son campus à un tas de ruines

Jette ton phosphore blanc sur nos taudis

Que vas-tu me faire ?

Je suis herbe. Je pousse partout.

C’est ce que les fermiers et les ouvriers en Inde disent à leurs élites, et c’est ce que les travailleurs disent aux élites de leur propre pays, des élites dont le souci – même en temps de pandémie – est de protéger leur pouvoir, leurs propriétés et leurs privilèges. Mais nous sommes herbe. Nous poussons partout.

Vijay Prashad, historien indien, journaliste et chroniqueur, est le directeur exécutif de Tricontinental : Institute for Social Research [Institut de recherche sociale, NdT] et rédacteur en chef de Left Word Books.

Source : Consortium News, Vijay Prashad, 04-12-2020
Traduit par les lecteurs du site Les-Crises